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Le vêtement de travail connecté multiplie ses applications

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Le salon Expoprotection de novembre 2016 a présenté de nombreuses applications du vêtement connecté aux domaines professionnels. Le point sur ces vêtements de travail connectés, avec Régis de Montclos et Patrick Guilleminot, respectivement directeur commercial et responsable du bureau d’études de Mulliez-Flory, spécialiste du vêtement professionnel en France.

Pour les deux représentants de Mulliez-Flory, aucun doute : l’avenir du vêtement connecté, c’est d’abord le vêtement de travail. « On voit bien que pour l’instant, le vêtement connecté, c’est un gadget technologique. Pour ce qui est des montres connectées, le marché grimpe en flèche avant de retomber. En proposant des vêtements connectés dédiés au bien-être des personnes dans le monde médical, à la sécurité des travailleurs et ouvriers, nous pensons apporter une solution significative à des problèmes concrets du travail quotidien des individus. Ensuite seulement, à notre sens, il sera temps d’envisager d’autres déclinaisons » exposent-ils. Le vêtement connecté sera donc pérenne quand il apportera une réponse à des contraintes de travail fortes – avant de pouvoir se décliner durablement dans d’autres domaines.

Chez Mulliez-Flory, le vêtement connecté s’incarne dans deux projets d’envergure. L’un permettra de mesurer la pénibilité au travail, l’autre travaille à une avancée technologique majeure : une fibre textile connectée autonome en énergie.

Mesurer la pénibilité au travail

Les entreprises sont dans l’obligation de prévenir la pénibilité au travail[i]. Au-delà de certains seuils d’exposition à des facteurs de pénibilité, l’employeur doit établir une déclaration et mettre en place un compte personnel de prévention de la pénibilité (CPPP) qui permet au salarié exposé d’accumuler des points sur son compte. A défaut, l’employeur s’expose à des pénalités. Le salarié engrange des points qui lui permettront d’accéder à une formation professionnelle qualifiante, de financer un passage à temps partiel ou encore de bénéficier d’un départ à la retraite anticipé.

Gestes répétitifs et postures pénibles

Parmi les critères de pénibilité définis par la loi, le vêtement de travail connecté proposé par Mulliez-Flory, en partenariat avec Altran, permettra d’en mesurer deux : les gestes répétitifs et les postures pénibles. Dix capteurs de pénibilité insérés sur l’ensemble de la tenue, composée d’une pièce haute et d’une pièce basse (veste et pantalon) mesurent en temps réel les données de posture de l’employé, ainsi que leur caractère répétitif, selon les principaux critères précisés par le décret :

  • Maintien des bras au-dessus des épaules
  • Torse en torsion à 30 degrés
  • Torse fléchi à 45 degrés
  • Position accroupie
  • Position à genoux

Les 10 capteurs transmettent les informations en temps réel, et fonctionnent grâce à une batterie amovible.

Le vêtement de travail connecté, poste d’observation avancée

Le vêtement de travail connecté n’a pas vocation à être porté à temps plein par l’ensemble des salariés, mais bien à être utilisé comme un outil de mesure pour connaître objectivement un état de fait, poste par poste. Il faut imaginer une utilisation par une personne pilote, par exemple pendant deux mois, afin d’en tirer des statistiques sur l’année. Le recueil des statistiques permet de mesurer la pénibilité, de modifier éventuellement le poste, ou d’adapter le temps de travail.

Le nettoyage, un challenge clé

Reste encore, d’un point de vue technique, à résoudre le défi de la durabilité du vêtement, lié notamment à son entretien, c’est-à-dire à son nettoyage. Si la batterie est amovible – pour faciliter sa recharge mais aussi pour ne pas pâtir du lavage, capteurs et câblages, eux, demeurent sur le vêtement. Mulliez-Flory travaille à leur étanchéité : c’est le principal challenge rencontré dans le développement du produit. L’objectif est de garantir la tenue de 50 lavages industriels. Les tests devraient être probants d’ici début 2017, leur réussite conditionne la commercialisation de l’innovation..

Preuve de l’intérêt des professionnels, ce vêtement a remporté la Mention spéciale du Jury du trophée Expoprotection 2016 dans la catégorie « Risques Professionnels, Naturels et Industriels ».

Vers une fibre textile connectée et autonome en énergie

L’autonomie énergétique représente un autre champ de recherches. Développer, par le biais de textiles intelligents, des vêtements connectés tout en leur donnant une autonomie complète en matière d’énergie, voilà l’objectif d’AutonoTex. Ce projet, soutenu par l’Etat et financé en partie par BPI France – le textile connecté est l’un des trente-quatre domaines prioritaires du Programme d’investissements d’avenir -, est mené par Mulliez-Flory avec un consortium regroupant une dizaine de partenaires, dont Arkema et Eminence, ainsi que des électroniciens, des experts du traitement des signaux, des spécialistes de nano-composants, des ingénieurs chimistes, des médecins. A terme, la fibre textile sera en capacité de produire de l’énergie et de la stocker, afin d’alimenter les capteurs, eux-mêmes inscrits au cœur de la fibre textile, qui recueilleront et transmettront les données.

Connexion et autonomie

L’intérêt d’un tel tissu ? « Les composants ne seront plus extérieurs au textile comme c’est le cas aujourd’hui, avec des capteurs ou des batteries qui risquent de se détériorer en cas de choc ou de lavage par exemple, ou tout simplement que l’on oublie de réinsérer après recharge ou lavage. La fibre connectée pourra être tissée, teinte et lavée comme n’importe quelle fibre textile, elle sera résistante en plus d’être performante, et surtout son autonomie lui apportera la fiabilité qui pour l’instant fait encore défaut » résument nos interlocuteurs.

Le vêtement connecté, source de sécurité et organe de prévention

Quels sont les usages envisageables pour un tel vêtement à la fois connecté et autonome ? Pour les métiers comportant des risques, un niveau élevé de stress, il apporte une solution nouvelle pour veiller sur la sécurité des individus. On évoque ainsi les pompiers, les militaires, les travailleurs isolés (par exemple ceux qui interviennent sur les lignes à haute tension), les conducteurs d’engins (grues, poids-lourds, machines), les personnes évoluant sur les chantiers. « Aujourd’hui les pompiers sont si bien protégés dans leur tenues qu’ils ne ressentent plus la chaleur et restent au contact des flammes et des gaz bien plus que ce qui est raisonnable, s’exposant à un risque élevé de syncope. Un vêtement AutonoTex permettra d’avertir d’un danger que le pompier ne ressentira peut-être pas, de faire intervenir ses collègues et de le préserver » illustre Patrick Guilleminot.

Suivi des malades chroniques

Mulliez-Flory évoque également le domaine médical et le confort des malades atteints de la maladie d’Alzheimer. Un tel vêtement informera les équipes soignantes d’une nécessaire intervention auprès du malade, au lieu d’un dérangement toutes les deux heures, par exemple. Une manière aussi de contrôler la qualité du sommeil du malade, de suivre les paramètres préventifs de son agitation, ou de détecter une possible déshydratation.

Des défis technologiques de taille

Les défis technologiques sont nombreux. Il faut créer des capteurs au contact non invasif, pousser à l’extrême la miniaturisation, tout en laissant au vêtement son confort. Par ailleurs les capteurs devront être résistants aux nettoyages à répétition – c’est là-aussi l’objectif de 50 lavages industriels qui est visé pour commencer. Le projet a commencé il y a un an, il en reste deux pour atteindre ses objectifs.

Bientôt connectés de la tête aux pieds ?

Parmi les solutions présentées sur le salon Expoprotection 2016, qui a eu lieu en novembre, bon nombre portaient sur la prévention des risques liés à l’environnement de travail.

Les fabricants misent ainsi sur la visibilité, à l’instar de Kiplay qui a conçu, en partenariat avec Nomadics Solutions une parka haute visibilité connectée en bluetooth, chauffante et imperméable. Le tout grâce à trois séries de LED, des patches chauffants pilotés par smartphone et une carte électronique. De quoi savoir à tout moment où se trouvent les membres d’une équipe, ou, si l’un d’entre eux se retrouve inanimé sur le sol, d’en avertir le chef d’équipe par une alarme qui fournira la position GPS du salarié. Côté alimentation, la veste est couplée à un cintre « power bank » qui en assure la recharge.

Sur un créneau similaire, l’entreprise T2S offre un vêtement intégrant un système lumineux qui augmente la visibilité du porteur et qui pourra, dans une étape ultérieure, alerter celui-ci en cas en cas de dangers. Il sera alors intelligent et connecté.

La chaussure est également un créneau intéressant pour la connexion des « wearable ». Les fabricants de chaussures et semelles s’intéressent à rendre ces éléments de l’habillement professionnel intelligents pour la protection de l’opérateur qui évolue en terrain hostile ou soumis à des températures extrêmes. On citera ainsi Zhor-Tech, fabricant français qui s’allie à des spécialistes de la chaussure de sécurité, des acteurs de la construction ou encore des compagnies d’assurance. L’entreprise propose des semelles comportant une résistance pilotable à distance afin de réchauffer les pieds engourdis, qui suit l’activité du porteur, et alerte sur le degré d’usure de la chaussure.

Enfin Fall Alarm System mise sur la détection de chutes grâce à un capteur qui sait différencier une chute d’un saut ou encore d’une immobilité prolongée. La maitrise de la hauteur et la connaissance parfaite des phénomènes physiques lors des chutes nous ont permis de développer un algorithme embarqué sur un dispositif mobile.

A retenir : les exigences opérationnelles et économiques du vêtement professionnel sont de nature à générer des innovations technologiques majeures et des solutions pérennes en matière de vêtements connectés.

[i] Décret n° 2015-1888 du 30 décembre 2015 relatif à la simplification du compte personnel de prévention de la pénibilité et à la modification de certains facteurs et seuils de pénibilité

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