Juristes d’entreprise : les comprendre, les motiver

juriste d'entreprise

Les directeurs juridiques pensent fidéliser leurs collaborateurs en les augmentant. Fausse bonne idée, semble répondre une étude conduite auprès de 739 professionnels du droit : c’est la possibilité de concilier vie privée et vie professionnelle qui motive avant tout les juristes d’entreprise. Focus sur le fonctionnement de ces âmes sensibles…

Trop rigides, pas assez réactifs, coupeurs de cheveux en quatre, déconnectés des réalités économiques, ou tout simplement inutiles, les clichés sur les juristes d’entreprise ont la vie dure. Ces derniers sont bien souvent appelés tardivement à la rescousse, pour valider au dernier moment des projets initiés parfois des mois plus tôt. Mettons-nous à leur place : comment ne pas grincer des dents quand il leur faut s’approprier en 24 heures un montage ou une opération dont tout le monde a entendu parler, sauf eux (ou elles), et qu’ils doivent apporter leur caution en prime ?

Une étude aux résultats inattendus

En mars dernier, Fed Legal, cabinet spécialisé dans le recrutement des professionnels du secteur juridique et fiscal, a publié les résultats de son enquête 360° « Comment fidéliser les juristes ? ». Conduite auprès de 739 juristes et directeurs juridiques au cours de l’été 2016, l’étude avait pour objectif d’évaluer les ambitions des juristes d’entreprise et de les confronter aux mesures mises en place par leurs managers pour les motiver. Les résultats laissent apparaître… comme un décalage ! Alors que les responsables juridiques usent des traditionnelles augmentations de rémunération pour fidéliser leurs collaborateurs, seuls 28 % des interrogés ont placé la rémunération en tête de leurs motivations. Mais alors, ces juristes ne seraient pas prêts à tous les sacrifices pour bien gagner leur vie ?

Les juristes d’entreprise, plus sensibles qu’on ne pense

A la question « pourquoi les juristes sont-ils fidèles ? », 47 % des interrogés ont cité l’équilibre vie privée/vie professionnelle comme motivation première à rester dans une entreprise. Ils sont notamment sensibles à la localisation de la société qui les emploie, à ses horaires, à la possibilité de télétravailler… L’enquête révèle en outre que cette préoccupation est d’autant plus affirmée chez les juristes seniors : 76 % des juristes de plus de 15 ans d’expérience ont répondu que pour eux l’équilibre vie privée/vie professionnelle primait. Chez les juristes juniors, entre 4 et 7 ans d’expérience, c’est «  l’état d’esprit et l’ambiance de l’équipe » qui prévaut : 49 % d’entre eux l’ont positionné en critère numéro 1 de leurs motivations.

La possibilité d’expatriation arrive en seconde place des motivations des juristes, en particulier pour ceux qui possèdent entre 8 et 14 ans d’expérience. Pour autant, l’étude révèle par ailleurs qu’ils ne sont en pratique que 2 % à demander leur détachement à l’étranger… A partir de 8 ans d’expérience, 62 % des juristes classent la possibilité de manager une équipe en troisième position.

Et lorsqu’on demande aux juristes ce qui les motive cette fois, non pas à rester mais à partir, on a la confirmation de leur sensibilité ! L’ambiance au travail est en effet décidément au cœur de leurs préoccupations, puisqu’elle vient en tête des raisons qui les conduit à quitter une entreprise, et ce quelle que soit leur séniorité. La mobilité internationale est là encore mise en avant : 62 % y voient la deuxième raison de leur départ. Mais surtout, l’étude nous apprend que l’arrivée d’un nouveau management peut aussi les pousser vers la sortie : elle arrive en troisième position des causes de leur départ, et pour 19 % des juristes sondés, c’est même la première !

Un management pas toujours en phase

De leur côté, que font les managers pour fidéliser leurs équipes ? Consciemment pas grand-chose, semble dire l’étude : 81 % des directeurs juridiques interrogés déclarent n’avoir mis en place aucune stratégie particulière dans le but spécifique de conserver leurs collaborateurs. Est-ce à dire en creux qu’ils ne se soucient guère de les voir partir ? La rémunération reste aux yeux des managers de juristes – comme pour la plupart des managers – le premier levier pour fidéliser leurs subordonnés.

Dans le cadre de leur politique de rémunération, les managers privilégient ainsi à 59 % le bonus sur objectifs, et 45 % procèdent à des études de rémunération comparatives avec le marché. En matière d’évolution interne, 56 % mettent en place des projets transversaux juridiques, qui consistent à associer plusieurs juristes pour le traitement de certains dossiers. 52 % proposent à leurs collaborateurs de changer de matière au sein de la direction juridique. En revanche, ils ne sont que 49 % à faire évoluer leurs juristes vers des fonctions d’encadrement d’équipe, alors qu’il s’agit là d’une de leurs plus fortes motivations. De même, seuls 26 % des responsables juridiques proposent des mobilités géographiques. On constate ainsi une dissonance sur divers points entre les aspirations des juristes et les réponses de leur hiérarchie.

« La rémunération doit être un complément, elle ne doit pas se substituer aux autres évolutions » en conclut Audrey Déléris, manager de Fed Legal, qui se demande en outre s’il ne vaudrait pas mieux chercher à conserver le savoir juridique en interne, plutôt que de vouloir fidéliser à tout prix les juristes. Le manager devrait alors, ajoute l‘experte, s’efforcer de préparer les préparer à poursuivre leur carrière ailleurs que dans la direction juridique, voire dans une autre société.

Les juristes ont de l’avenir en entreprise

Les juristes sont de mieux en mieux perçus dans le monde de l’entreprise au sens large : c’est là l’enseignement d’une autre étude parue en 2016 sous l’intitulé Le droit et les juristes vus par les dirigeants et les opérationnels, conduite cette fois par Le Business & Legal Forum et l’EDHEC Business school. Il ressort entre autre de cette enquête que le juriste d’entreprise, souvent considéré par le passé comme un empêcheur de tourner en rond, est désormais pleinement intégré à la stratégie de l’entreprise dont ils sont des business partners à part entière : 63 % des directeurs juridiques sont aujourd’hui membres d’un comité de direction, comité exécutif ou conseil d’administration, et plus de 65 % sont rattachés à la présidence ou à a direction générale.

Pour aller plus loin : http://www.fedlegal.fr/media/FED_L_Etude_juriste_2017_VF.pdf

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