Les bullshit jobs sont parmi nous

bullshit jobs

La question du sens est consubstantielle à celle du bien-être au travail. Des responsabilités incompréhensibles, des tâches apparemment inutiles : l’ennui n’est pas loin, et peut-être un jour le dégoût de soi… Reconnaître les bullshit jobs et éviter leurs conséquences.

Bullshit jobs, généralement traduit en « boulots à la con » ou « emplois foireux » désigne des emplois ou des tâches inutiles, superficiels et vides de sens. Le terme est apparu en 2013 dans un article de l’anthropologue américain David Graber, de la London School of Economics. Pour le chercheur, si la robotisation de la société n’a pas fait diminuer la durée du travail de bureau, c’est que le temps gagné a été réinvesti dans des travaux inutiles – les bullshit jobs.

L’auteur lui-même admet que sa définition n’est pas très précise. Mais il est exact que le besoin de sécurité, notamment des actionnaires, a entraîné une multiplication des procédures, des normes, du reporting… dont le sens et l’utilité peuvent facilement échapper, surtout quand elles ne génèrent pas d’information en retour. Le sentiment de bureaucratie n’est jamais loin.

Comment reconnaître un bullshit job ?

L’inventeur du néologisme a proposé une méthode simple pour reconnaître un bullshit job : que se passerait-il si cet emploi disparaissait ? Quel serait l’impact pour la société dans son ensemble ? Pour lui l’affaire est entendue : sans infirmières, sans éboueurs ou sans mécanos, les conséquences seraient aussi catastrophiques qu’immédiates. Mais, de son point de vue, le monde se passerait probablement fort bien des marketeurs, des juristes ou des financiers – ce qui reste à démontrer.

De l’avis général, le secret tiendrait plutôt dans la réponse à la question : « que faites-vous dans la vie ? » Un métier qui serait impossible à définir en une phrase, ou même en moins de 5 minutes, serait ainsi indéniablement à classer parmi les bullshit jobs.

A voir : le générateur de nouveaux métiers (en anglais) New Job title Generator

Bore-out, brown-out et bullshit jobs

Si le bullshit job n’est pas à prendre à la légère, c’est qu’il est susceptible d’entraîner des conséquences douloureuses pour les collaborateurs concernés.

Ainsi ce syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui, lié à l’absence de sens au travail : le bore-out. Un quart des travailleurs serait touché par le bore-out, selon Sandi Mann, une chercheuse britannique de l’université de Central Lancashire.

Autre conséquence possible : le brown-out (baisse de tension), ce mal qui menace tout collaborateur qui ne comprendrait plus les finalités de son poste.

Bullshit job peut désigner un travail dépourvu de sens, mais aussi une ou plusieurs tâches spécifiques et chronophages, dont la finalité n’est pas intégrée… ou n’existe pas. Une vision à 360° des processus, la limitation au strict nécessaire des nécessités du reporting, et la pédagogie interne, sont indispensables pour maîtriser  le phénomène.

Pour aller plus loin

La révolte des premiers de la classe, de Jean-Laurent Cassely, une enquête documentée qui dresse le constat d’un changement en cours du rapport au travail. La révolte des premiers de la classe, métiers à la con, quête de sens et reconversions urbaines, par Jean-Laurent Cassely (Arké, 182 p, 17,50 euros)

L’article original de David Graeber, On the Phenomenon of Bullshit Jobs, traduit en français.

 

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