Coworking à Hong Kong

Coworking à Hong Kong

Le télétravail de proximité, à la maison ou dans des tiers-lieux, a fini par s’imposer. Et les espaces de coworking fleurissent aujourd’hui de Pékin à São Paulo, de Berlin à Bali. « Mon bureau est partout où il y a du haut-débit » ont coutume de dire les nouveaux travailleurs nomades. Quelle réalité derrière le hype ? Je suis allé faire l’essai… à Hong Kong.

Le travail nomade a le vent en poupe. Sortir de l’espace conventionnel pour générer de nouvelles rencontres, des opportunités commerciales, financières ou technologiques… et des idées neuves : ça se tente. Indépendants, start-ups, mais aussi grandes entreprises, peuvent profiter des possibilités offertes par les espaces de coworking pour réviser leur modèle traditionnel.

C’est ainsi que notre Rédaction s’est installée depuis quelques mois chez Nextdoor, la société de coworking développée par Bouygues Immobilier (rejoint cet été par Accor Hotels), à La Défense d’abord, puis à Neuilly-sur-Seine. Nous avons décrit la réalité du quotidien dans ces lieux dans un précédent article.

        Lire aussi : Le coworking vu de l’intérieur

Mais le nomadisme professionnel va plus loin. Autrefois réservé aux commerciaux export, sa dimension internationale est aujourd’hui de plus en plus marquée. De même que l’on soustrait des collaborateurs de leur cadre de travail habituel à l’occasion d’un séminaire en comptant sur le changement de lieu pour entraîner un changement d’attitude ou de comportement, pourquoi ne pas carrément leur proposer de s’installer ailleurs, le temps d’un projet ou d’une mission ? C’est l’expérience que j’ai tentée en allant poser mon sac chez The Hive, Wan Chai. Récit d’une semaine de travail à Hong Kong.

Une ville qui ne dort jamais

Ancien territoire Britannique, Hong Kong a rejoint la République Populaire de Chine le 1er juillet 1997, mais demeure une Zone Administrative Spéciale avec, pour l’instant, ses propres lois et sa propre administration. Des manifestations ont eu lieu pendant mon séjour pour protester contre l’emprise croissante de l’empire du Milieu, sans rencontrer un grand écho local.

Hong Kong est une ville qui travaille dur. Nuit et jour. Sur Nathan Road, les boutiques ferment rarement avant 23 heures ou minuit. La circulation est volontiers chaotique. Les néons ne s’éteignent apparemment jamais – et ils illuminent un paysage urbain exceptionnellement dense. Ils brillaient encore le mercredi, alors qu’un typhon de force T10 forçait travailleurs, écoliers, et votre serviteur, à rester à la maison…

Une météo difficile

Revenons en arrière. 37,7° C à l’ombre au centre-ville, ce lundi 21 août. Ajoutée aux 96 % d’humidité déclarée, l’atmosphère tient du hammam. L’excellent réseau de métro est climatisé, et ses stations offrent de nombreuses sorties, de sorte qu’il est souvent possible d’échapper à la marche à pied sur un trottoir brûlant. Encore faut-il connaître la bonne (sortie). Heureusement, beaucoup de Hong-Kongais parlent encore anglais – si vous parvenez à les arrêter dans leur course pour leur demander votre chemin. Les quelques centaines de mètres qui séparent le métro Wan-Chai du 33, Lockhart Road, où se situe l’espace de coworking The Hive, suffiront à réduire ma chemise à l’état de serpillère.

Travailler à The Hive, Wan Chai

The Hive Wan Chai, l’un des 12 espaces de coworking de Constant Tedder en Asie, est situé sur l’île de Hong Kong dans un quartier très animé. Longtemps favori des marins et des expatriés, Wan Chai s’affiche comme un quartier chaud. L’immeuble où j’entre est cerné de bars aux noms évocateurs : Wild Cat, Makati, Bunny’s, Amazonia, Escape et beaucoup d’autres.

Le coworking occupe cinq étages de taille moyenne, et héberge 250 résidents divisés en trois catégories :

  • Les hot desks : ils se louent à la journée, à la semaine ou au mois, à mi-temps ou à plein-temps, avec ou sans abonnement ;
  • Les dedicated desks : les utilisateurs disposent d’un bureau fixe dans une salle commune et d’un fauteuil sur la terrasse ;
  • Les résidents (appelés les « membres ») qui disposent d’un ou plusieurs bureaux en propre.

The Hive

Accueil cordial et direct de la part de Jay Chow, dont la carte de visite indique le titre : « host » – hôte. J’échangerai plus tard avec sa collègue Annissa, et aussi avec Angie, responsable du lieu. Jay me fait visiter, m’indique l’emplacement du réfrigérateur (la bière Peroni est à 10 HK$ soit 1,10 €) et de la machine à café (gratuit). Le sol est en béton ciré. La gentillesse des hôtes, la lumière naturelle, l’omniprésence du bois, la diversité des objets chinés qui densifient l’atmosphère en apportant du désordre, et la présence d’une grande terrasse (fumeurs !) : l’ensemble me donne le sentiment de me trouver dans un Press Club. C’est l’effet recherché.

Une ambiance de Club

Constant Tedder a conçu The Hive Wan Chai d’abord pour les gens de médias : journalistes, producteurs, éditeurs, etc. Fondateur de la chaîne, qui offre aujourd’hui douze espaces de coworking à Hong Kong, Singapour, Bangkok, et Ho Chi Minh, il dispose de sept adresses à Hong Kong, dont un FabLab destiné aux photographes et aux graphistes.

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Constant Tedder

Constant Tedder a fait fortune dans les jeux vidéo, et croit au potentiel de sa ville d’adoption. Interrogé par InvestHK, il déclarait : « Hong Kong propose un environnement positif aux affaires. Ici les choses sont menées rondement, et les problèmes faits pour être réglés. C’est un lieu propice au commerce, et aussi au recrutement de professionnels bien formés. » Insistant sur l’ADN de son enseigne, il ajoutait « Nous sommes patients ; nous voulons que la communauté se développe de façon naturelle pour construire un espace qui offre un mélange intéressant. »

Si Wan Chai s’adresse d’abord aux médias, le centre n’en accueille pas moins des intérêts variés, comme en témoigne ma rencontre avec un Français, Damien Dietrich, à Hong Kong depuis 6 mois pour Aurexia Consulting. Les étrangers sont nombreux ici – quoi de plus naturel dans une ville aussi cosmopolite ? Ils viennent de la région : Singapour, Inde, Indonésie, mais aussi de Suède, du Royaume-Uni… et de France. C’est même la population des Français qui se développe le plus rapidement à Hong Kong, me confiera plus tard Deborah Negrash, General Manager du concurrent Naked Hub.

Damien, comme les nombreux autres membres étrangers, apprécie d’abord le lieu et son ambiance presque familiale, une bulle de bienveillance bienvenue dans la frénésie de la ville.

Leçons apprises pendant cette semaine de coworking à Hong Kong :

  • L’adaptation brutale au climat et les 6 heures de décalage horaire ne constituent pas des conditions idéales pour s’expatrier professionnellement une semaine. Mais pourquoi ne pas associer un séjour de loisirs de deux semaines avec une semaine de télétravail sur place ? C’est une occasion de rencontres et de découverte sans équivalent.
  • WhatsApp constitue une formidable solution gratuite pour ne pas alourdir sa facture de roaming (ou si vous avez un souci de carte SIM).
  • Autant que possible, choisissez une saison intermédiaire : inutile de vous imposer les typhons (ou les tempêtes de neige !) – ils ne vous simplifieront pas la tâche.
  • Si vous êtes habitués aux espaces semi-ouverts, vous n’aurez pas de mal à vous sentir chez vous sitôt votre portable allumé.
  • J’ai pu travailler normalement, fixer des rendez-vous, répondre au téléphone, participer à une vidéo conférence, etc., sans autre difficulté que la gestion des fuseaux horaires.
  • Le coworking offre une solution souple et évolutive à toutes les jeunes entreprises, aux indépendants, mais aussi aux grandes sociétés qui souhaitent isoler un groupe de travail ou disposer d’un espace supplémentaire à une période particulière. Partout dans le monde.

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