La reine de Saba : derrière la légende, la stratège

reine saba noel

Il était une fois une reine d’une grande beauté et pleine de sagesse… C’est ainsi qu’aurait pu commencer notre histoire, celle de la reine de Saba, capable au Xe siècle avant J.-C. de tenir tête par son intelligence, sa sensibilité et sa féminité, au roi Salomon. En fait, rarement une femme n’a disposé d’une telle aura, en Occident, en Orient et en Afrique !

Apaiser les tensions

L’analyse purement historique est difficile. Les sources ont environ deux mille ans d’écart et les relevés archéologiques restent encore aujourd’hui difficiles à interpréter. Pire, nous avons même été induits en erreur : notre vision de l’histoire de la reine de Saba a été largement déformée par le film hollywoodien « Salomon et la reine de Saba », réalisé en 1958.

La reine de Saba apparaît dans la Bible, au Premier Livre des Rois. C’est un récit épique mettant en scène le roi d’Israël et de Juda, Salomon, fin politique et d’une grande sagesse. La démonstration de sa vertu est faite avec le « Jugement de Salomon » où il propose de couper un enfant en deux afin d’en remettre une moitié à chacune des femmes qui le réclament. Evidemment, c’est un subterfuge. La femme qui refuse le verdict, et qui préfère donc que l’enfant vive, en aura la garde.

Le règne de Salomon est prospère du fait de la paix restaurée et d’échanges commerciaux avec l’Arabie méridionale. Dans cet ensemble d’états, le pays de Saba est un territoire riche, disposant de mines d’or, de gemmes et de fins aromates. De son côté, la Palestine voit transiter tous les produits de la Méditerranée dont la couleur pourpre utilisée dans l’habillement. Un tel commerce régulier et régularisé sera évidemment profitable aux deux royaumes mais encore faut-il fixer des modalités équitables.

S’affirmer en respectant l’autre

Partout les marchands juifs colportent la sagesse du roi d’Israël. Piqué au vif, la reine de Saba se rend à Jérusalem à la tête d’un cortège fabuleux, chargé des plus précieux produits de son pays. Il s’agit d’un voyage classique de prince à prince afin d’établir un traité régularisant les relations commerciales. La reine de Saba souhaite éprouver la sagacité de Salomon et lui soumet une série d’énigmes à résoudre.

« La reine : Que signifie, sept cessent, neufs commencent, deux offrent à boire, un seul a bu ?
Réponse de Salomon : Lorsque cessent les sept jours d’impureté de la femme, les neufs mois de grossesse commencent, les deux seins offrent à boire, et l’enfant boit. »

Par ce jeu de séduction les deux protagonistes échangent d’égal à égal. Séduit par son caractère affirmé, Salomon lui donne un anneau d’or. Ce mariage ne lui fait pas abandonner son royaume (ni son harem de mille femmes !) et les époux doivent voyager chaque mois pour se retrouver, respectant les prérogatives de chacun. Les empereurs d’Ethiopie qui ont régné jusqu’en 1974 se sont réclamés être les descendants de cette union prestigieuse, d’un roi et d’une reine légendaires.

Salomon et la reine de Saba par Catherine Zarcate, conteuse française :

Un modèle de gouvernance au féminin

Le royaume de Saba serait à situer en Arabie du sud, au Yémen, au nord de l’Ethiopie et dans l’actuelle Erythrée. L’historien Flavius Josèphe au Ier siècle situe le royaume en Egypte et en Ethiopie. Il nomme la reine de Saba, Nicaulis. D’autres historiens l’appelle Bilqîs tandis qu’en Ethiopie c’est Makeda.

Compagnon de Mahomet, Abu Huraira assure que la reine de Saba était de la race des djinns et aurait pris le trône par ruse d’un roi tyrannique qui abusait des femmes de ses sujets. Figure féminine voire féministe, elle se distingue des rois et gouvernants de son époque, hommes despotiques. Elle est une reine juste et éclairée, soucieuse du bien être de son peuple.

Le Coran explique le début de la rencontre. Le peuple de Saba adore l’astre solaire et Salomon exige la fin de cette idolâtrie et la conversion au Dieu unique – la guerre n’est pas loin. Dès la réception du message, la reine convoque immédiatement ses conseillers. Les dignitaires veulent répondre à la force par la force. Mais la reine n’est pas d’accord. Elle rétorque :

« Lorsque les rois s’emparent d’une cité, ils y sèment la perversion et asservissent les meilleurs jusqu’à les rendre sans dignité aucune. C’est ainsi qu’habituellement ils se comportent. Aussi vais-je leur envoyer un présent et attendre la réponse que me rapporteront les messagers ».

Ainsi, la reine de Saba teste la sincérité de Salomon. Elle lui offre un cadeau, que ce dernier refuse. Symboliquement, ce refus montre que Salomon n’agit pas qu’en simple conquérant et souhaite nouer un lien plus fort avec la reine. Il entame ainsi des échanges ouverts et équilibrés. Pour sa part, en refusant la guerre déclenchée par l’ultimatum de Salomon, la reine de Saba a fait preuve de sagesse et entamé un dialogue de paix. Loin d’être inférieure au roi d’Israël ou à d’autres souverains de son temps, elle démontre un autre modèle de gouvernance, plus fin, plus intuitif, plus féminin. Ce n’est ainsi pas un hasard si la reine de Saba, figure légendaire ou réelle, est citée dans pas moins de trois cultures et religions : Judaïsme, Christianisme et Islam.

Faites comme la reine de Saba pour affirmer votre différence

Les femmes restent minoritaires chez les dirigeants. Si les chiffres sont en hausse, elles représentaient à peine 5% parmi les PDG des grandes entreprises selon un rapport de l’OIT de 2015. « Permettre à davantage de femmes de développer leur entreprise n’est pas seulement vital pour l’égalité hommes-femmes mais c’est aussi indispensable au développement d’un pays » souligne le rapport.  Si de nombreuses femmes cheffes d’entreprises parviennent à s’imposer malgré les difficultés, le genre doit devenir un atout et non un handicap, comme a su le faire la reine de Saba.

Grâce à son intelligence « intuitive et sensible » ou « émotionnelle » elle devient notamment une fin stratège politique. Si le royaume de Saba avait été dirigé au temps de Salomon par un homme, il est fort probable que l’affrontement guerrier eu été privilégié. « La réussite professionnelle dépend moins du quotient intellectuel ou des diplômes que du savoir-faire émotionnel de chacun », développe notamment le psychologue américain, Daniel Goleman, dans son livre L’intelligence émotionnelle, paru en 2003.

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Avec la Petite histoire des Grands managers, nous vous proposons une fois par mois les expériences concrètes des leaders du passé, source intarissable de réflexion et d’inspiration pour les managers d’aujourd’hui. 

Docteur en histoire, spécialiste du patrimoine et certifié Predom, Yann Harlaut est consultant culturel. Il est auteur de différents ouvrages parmi lesquels « Négocier comme Churchill. Comment garder le cap en situations difficiles » et « Convaincre comme Jean Jaurès. Comment devenir un orateur d’exception », tous deux aux éditions Eyrolles.

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