Le respect : éloge d’une valeur d’avenir en entreprise

Le respect en entreprise prend une place de plus en plus déterminante, à mesure que disparaissent les systèmes hiérarchiques traditionnels davantage fondés sur les principes d’autorité et d’obéissance que sur l’écoute et la reconnaissance mutuelle. Tour d’horizon, avec Kant, PwC et Devoteam.

Bienveillance, empathie, intelligence émotionnelle… : autant de notions devenues omniprésentes dans les discours managériaux. Les entreprises se plaisent à les cultiver et à en encourager la diffusion. Mais une valeur cardinale leur est supérieure dans la vie professionnelle.

D’abord un impératif catégorique

Le philosophe Emmanuel Kant n’a pas la réputation de badiner avec la notion de respect. Le devoir est selon lui « la nécessité de l’action par respect pour la loi ». Le mot allemand dont use Kant est « Achtung », un nominatif qui signifie à la fois la considération, le respect, et l’attention ou la mise en garde (comme dans la langue française où l’on peut « tenir en respect » un individu… sans lui accorder le moindre respect.)

Le respect des lois et des règlements est pour une entreprise et pour ses collaborateurs et dirigeants l’équivalent de la loi morale pour l’individu kantien : un impératif catégorique. Respecter règles, normes, procédures, chartes éthiques et codes de déontologie, c’est une obligation qui ne doit souffrir aucune entorse et dont la violation sera punie à proportion de sa gravité.

Tout ce qui relève de ce qu’on appelle la compliance s’apparente à ce type de respect. De la conformité comptable aux obligations fiscales, en passant par les certifications techniques ou les normes sociales, l’époque est à un renforcement notable des obligations à respecter.

Mais le respect est d’abord une question humaine, qui a trait aux interactions entre des personnes. Kant haïssait le mensonge, en lequel il voyait une violation des devoirs fondamentaux et une insulte à l’idée même d’humanité. L’entreprise contemporaine est kantienne à sa façon : ne pas respecter dans les affaires la parole donnée, revenir sur ses engagements, tenir des doubles discours, interpréter fallacieusement un contrat, mentir sur un projet ou sur un concurrent, voilà des exemples de violations du droit (et des droits d’autrui !) sévèrement sanctionnées.

Conférence. La vision de Matthieu Poirot, psychologue et docteur en gestion. Il intervient à Grenoble Ecole de Management pour évoquer les notions de bienveillance et de respect au travail.

Le respect, entre obligation normale et intention tactique

Porter de la considération à autrui, lui témoigner des égards indépendamment de sa place dans l’entreprise, c’est une manifestation élémentaire de courtoisie et de respect. Que penser d’un PDG qui ne saluerait pas les hôtesses d’accueil, ignorerait les agents d’entretien, éviterait de parler aux employés les plus modestes dans la hiérarchie ? Le respect est une valeur constitutive de l’autorité. Un leader digne de ce nom sait se faire respecter en respectant ceux qui l’entourent : collaborateurs, clients, sous-traitants et prestataires, autres parties prenantes (par exemples les journalistes, les universitaires, les actionnaires, etc.).

Un manager moderne va déployer des qualités d’écoute et gratifier ses collaborateurs des mêmes marques d’estime qu’à des personnes plus importantes de son entourage. Par humanité et bonne éducation. Et aussi par intérêt : le respect favorise la fidélité (de ses collaborateurs ou de ses clients), la confiance, la motivation, et finalement la performance. C’est aussi un moyen d’attirer des compétences nouvelles, notamment les talents appartenant à cette génération Y si chatouilleuse sur le chapitre du respect (en particulier du respect de la vie privée).

Lire aussi : Génération Y et voyages d’affaires

Le respect sous toutes ses formes

Liste non exhaustive !

  • Respect des horaires ou de son cadre de travail
  • Respect des orientations sexuelles ou des convictions religieuses,
  • Respect de la vie privée,
  • Respect du travail réalisé par ses collaborateurs (et la traduction sensible de ce respect : primes, augmentations, avantages …),
  • Respect du caractère confidentiel de certaines informations,
  • Respect entre les sexes ou entre les âges,
  • Respect des interlocuteurs extérieurs à l’entreprise (clients, fournisseurs, etc.),
  • Sans oublier le respect de soi-même (dans sa présentation vestimentaire, sa conduite, sa façon de communiquer, sa manière de parler de son employeur ou de ses équipes)…

Dénominateur commun à toutes ces formes de respect : elles contribuent chacune au bien-vivre dans l’entreprise ainsi qu’à l’amélioration de la performance individuelle et collective.

Dans le Code de conduite du cabinet d’audit et de conseil PwC, les comportements irrespectueux sont ainsi définis : « Ils peuvent, entre autres, concerner les origines, la couleur de peau, l’âge, le genre, l’orientation sexuelle, les opinions politiques, la nationalité, la langue, la religion, le handicap, le statut familial, le milieu social ou toute autre particularité de la personne. »  Se garder de tout comportement irrespectueux est indispensable pour prétendre à incarner au quotidien les valeurs de la firme, et tous les consultants et salariés de ce cabinet sont dument sensibilisés à l’importance de cette question.

Une valeur affichée et assumée

L’attention aux autres et le respect mutuel, ce n’est pas du gadget ! Ainsi, le groupe Devoteam, l’un des leaders français de la transformation digitale, a fait du respect l’un des trois piliers de ses valeurs, à côté de la franchise et de la passion. « Nos collaborateurs parlent ouvertement, partagent un respect mutuel et sont unis par un véritable intérêt pour la technologie », martèle-t-on dans cette entreprise de 5 000 salariés qui considère la civilité comme une priorité.

Sa charte des valeurs souligne notamment qu’il convient de « traiter ceux avec qui l’on travaille comme l’on voudrait être traité soi-même », de « considérer que le temps et le travail de ses collègues sont aussi importants que les nôtres », ou encore de se montrer accueillant avec les nouveaux arrivants et de les aider à s’intégrer.

Pour Agnès Hussher, Global Human Capital Leader de PwC, « la diversité de pensée et d’expérience est source de force et de valeur. La diversité des points de vue est essentielle à l’innovation. Nous faisons preuve de sens de l’écoute envers nos associés et collaborateurs, et nous réussissons quand nous travaillons ensemble, quand nous dialoguons et quand nous discutons de façon respectueuse. »

Un bel hommage aux vertus créatrices du respect, puissant libérateur d’énergie, ferment de bien-être, ciment de cohésion sociale et levier de succès.

Lire aussi La Manager et le Philosophe

Partagez dans votre réseau

2 commentaires

Laisser un commentaire