Le burn-out, cette souffrance méconnue

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Alors que l’Assemblée Nationale a adopté, le jeudi 28 mai, un amendement visant à permettre la reconnaissance du burn-out, ou « syndrome d’épuisement professionnel », comme maladie professionnelle, les chiffres manquent pour comptabiliser les victimes de cette pathologie. Associations et coaches spécialisés tirent pourtant la sonnette d’alarme : ce n’est pas parce que la reconnaissance de cette souffrance n’est pas encore acquise qu’il faut que les entreprises la négligent.

Les statistiques sur le nombre de burn-out en France sont rares, controversées, effrayantes. D’un côté, l’association France Burn Out avance prudemment un chiffre de l’ordre de 10 000 cas sur une période de 8 ans, sans du reste que le « syndrome d’épuisement professionnel » en question ne soit clairement diagnostiqué. A l’autre bout du spectre, le cabinet Technologia, spécialisé dans la santé et la sécurité au travail, a réalisé sa propre enquête début 2014. Résultat du sondage : 3,2 millions d’actifs présenteraient un risque élevé de développer un burn-out. 21% des femmes et 11% des hommes se sentent « vidés » émotionnellement par leur travail.

Un phénomène difficile à quantifier

Pourquoi de tels écarts ? Et pourquoi une telle incapacité à évaluer correctement le phénomène ? Tout simplement parce que, faute de consensus scientifique sur ce syndrome, aucune étude complète n’a jamais pu être menée. Le burn-out est notamment absent des classifications des troubles mentaux qui font référence : le manuel DSM-IV, de l’Association américaine de psychiatrie, et le classement CIM-10, de l’Organisation Mondiale de la Santé.

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Fabienne Danzé-Hostachy

Il fait pourtant des ravages. Les vagues de suicides chez Orange ou Renault ont d’ailleurs suscité une prise de conscience des pouvoirs publics. Le ministre de la Santé Xavier Bertrand a ainsi demandé en 2007 aux experts Nasse et Legeron un rapport sur la détermination, la mesure et le suivi des risques psychosociaux au travail (paru en mars 2008). « Ce rapport a eu le mérite de jeter les bases d’une réflexion collective », rappelle la psycho-sociologue Fabienne Danzé-Hostachy, qui travaille avec des personnes atteintes de burn-out, dans le cadre de petits groupes d’accompagnement.

Des signaux avant-coureurs

Mais au fait, de quoi parle-t-on exactement ? Selon l’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité), « le syndrome d’épuisement professionnel est un ensemble de réactions consécutives à des situations de stress professionnel chronique dans lesquelles la dimension de l’engagement est prédominante ». « Les personnes touchées n’ont souvent aucun antécédent psychiatrique », précise le Docteur François Baumann. Ce n’est pas la seule difficulté pour repérer les situations à risque. Néanmoins, l’INRS relève des signaux d’alerte :

  • le salarié se plaint de manquer d’énergie pour accomplir son travail ;
  • Il fait part de problèmes de concentration, de manque de disponibilité mentale au travail ;
  • Il est facilement irritable ;
  • Il dévalorise le travail qu’il accomplit, sa propre efficacité et ses compétences ;
  • Il manifeste des signes de désinvestissement professionnel.

 

Des symptômes et des causes multiples

«Cette maladie est multifactorielle, ajoute Fabienne Danze-Hostachy, avec des origines qui peuvent provenir d’un contexte de travail, d’un contexte psychique personnel, et enfin d’un contexte socio-économique – problèmes familiaux, problèmes financiers, etc ». Beaucoup de personnes victimes du syndrome peinent à exprimer leur détresse : « les occasions d’échanger avec les collègues se font rares. Et aller voir un médecin ou un psychothérapeute est difficile, car il faut s’avouer que l’on va mal ».

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Pierre Denier

« Le poids de la culpabilité revient très souvent dans les entretiens, la culpabilité de n’avoir su détecter les signaux précurseurs, de s’être écarté de ce qui est bon pour soi, d’avoir mis en danger sa santé, peut-être celle des autres, etc… » abonde Pierre Denier, coach pour HLC (Hauts les Cœurs). Cet ancien directeur commercial, venu au coaching via le bénévolat, développe une tout autre thèse. Selon lui, alors que « le burn-out est souvent associé à une faible estime de soi, (…) il peut être envisagé d’une autre façon, comme un cri d’amour, celui d’un corps malmené par une conscience épuisée(…). L’estime de soi est très souvent rapportée à la dimension intellectuelle, consciente, psychique… Le reste ne compterait pas, et pourtant, c’est ce « reste » qui sonne l’alarme et nous tire d’un aveuglement destructeur (…)»

Les entreprises encore trop peu concernées

Face à ce risque, les entreprises réagissent encore au coup par coup. Comme de nombreux coachs, Pierre Denier est ainsi appelé par des DRH qui ont détecté des problèmes chez un collaborateur, ou par des managers, « soucieux de réinjecter du bien-être au travail dans leurs équipes ».
En revanche, il ne croit pas aux démarches d’entreprises qui se mêlent de vouloir définir un bonheur collectif et des principes pour y parvenir, sans changer leurs valeurs ou leurs objectifs. Malheureusement, face aux victimes – Pierre Denier insiste sur ce terme – l’entreprise est généralement sourde, réfractaire à admettre ses défauts de fonctionnement. « C’est notamment parce qu’elle n’est pas responsabilisée par la reconnaissance du syndrome comme maladie professionnelle » estime Fabienne Danzé-Hostachy.

Mais l’organisation aurait tort de jouer les Ponce Pilate. Car tous les burn-out ne se traduisent pas de façon visible. Beaucoup restent enfouis : les salariés multiplient les périodes de bas, avec quelques hauts qui font encore illusion. « Ces personnes ne quittent pas leur travail, mais s’y rendent totalement démobilisées, démotivées, improductives ». D’autres vont démissionner, et repartir sur de nouvelles bases, ailleurs. Les offres de coaching se sont d’ailleurs multipliées ces dernières années, pour les accompagner sur ce chemin. Dans tous les cas, « faire un burn-out impose de revoir son rapport au travail » conclut Fabienne Danzé-Hostachy. Or cette remise en cause n’est souvent que le fait du salarié, « alors qu’il faudrait travailler sur les conditions du traumatisme et s’attaquer au problème de la démotivation ».

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