Blockchain et organisation du travail : 12 ruptures à préparer

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La technologie blockchain ne se limite pas au Bitcoin : sa mise en œuvre va bouleverser les organisations du travail. Revue de 12 ruptures à préparer dès aujourd’hui.

La blockchain va-t-elle révolutionner l’entreprise ? Beaucoup le pensent. Par exemple Don Tapscott, économiste américain, co-auteur de l’ouvrage « Blockchain Revolution », estime qu’il s’agit de la plus importante innovation technologique « de tous les temps » car c’est la première fois qu’il n’y a plus d’intermédiaire pour capturer la valeur. Il anticipe même la fin des entreprises et l’avènement de communautés décentralisées d’agents autonomes. S’il a raison, ce sera aussi une révolution dans l’organisation du travail…

La blockchain c’est quoi ?

L’association Blockchain France la définit de la manière suivante : « Technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, fonctionnant sans organe central de contrôle. » La blockchain est une vaste base de données qui regroupe l’historique de toutes les transactions entre ceux qui l’utilisent. Les échanges sont ainsi enregistrés en quasi temps réel et cette base de données est sécurisée et distribuée : elle est partagée par ses différents utilisateurs, sans intermédiaire, ce qui permet à chacun de vérifier la validité de la chaîne. La blockchain a trouvé sa première application concrète avec les monnaies virtuelles.

Au-delà de son traitement médiatique, focalisée sur le Bitcoin, la blockchain va remettre en cause, voire faire disparaître ou, en tout cas transformer, plusieurs pans de l’organisation actuelle du travail dans les entreprises et, plus généralement les modes de management. Si l’on ne sait évidemment pas à quel rythme, on peut d’ores et déjà identifier dix domaines dans lesquels la blockchain va redistribuer les cartes à plus ou moins long terme. Même si l’horizon peut paraître lointain, il faut s’y préparer dès maintenant

1/La disparition d’entreprises établies

On conçoit aisément que la suppression des tiers de confiance (les banques, les assureurs, les notaires…) permise par les principes de la blockchain remette en cause l’ordre traditionnel tel que nous le connaissons. Elle met en oeuvre une nouvelle infrastructure de contrôle décentralisée, anonyme, sûre, moins coûteuse et plus fiable… Les tiers de confiance de l’ancien monde n’ont tout simplement plus leur place !

Probabilité : 4/10

2/La transformation des tâches administratives

La blockchain automatise de nombreuses tâches de saisie, de contrôle, de validation, d’enregistrement. Cela peut être vu par certains, comme une menace pour l’emploi, surtout les moins qualifiés, mais, pour beaucoup d’autres c’est une source d’enrichissement. Pour les DRH, notamment, la blockchain permet de certifier l’exactitude de CV, une tâche très chronophage et souvent sans résultat garanti… Selon une étude du cabinet de conseil en recrutement Florian Mantione Institut, 75 % des CV seraient trompeurs, 90 % des candidats trouveraient normal d’arranger leur CV, enfin deux employeurs sur trois ne feraient aucun contrôle…

Probabilité : 8/10

3/Un coup de boost au télétravail ?

Du fait de son approche complètement décentralisée, la blockchain constitue un facteur accélérateur du télétravail. Les différentes parties prenantes n’ont plus vraiment d’exigence de se trouver dans un même endroit géographique.

Probabilité : 7/10

4/La priorité au collaboratif

Si les modes de coopération ont déjà bien évolué dans les entreprises, la blockchain va ajouter une dimension complémentaire, puisque la collaboration est précisément sa raison d’être ! De quoi remettre en cause les modes d’organisation du travail basés sur des processus lourds et une séparation des tâches, hérités des grandes heures du taylorisme.

Probabilité : 9/10

5/Des nouveaux usages, des nouveaux emplois ?

Si la blockchain parvient à s’imposer, elle suscitera l’émergence de nouveaux acteurs, de multiples start-up, voire d’organismes de régulation plus ou moins officiels. Dont les modes d’organisation, beaucoup plus agiles, vont trancher avec l’existant.

Probabilité : 9/10

6/Un plébiscite pour la transparence

On le sait, les modes d’organisation classiques génèrent dans les entreprises beaucoup de non-dit, de rumeurs, d’informations imparfaites, voire de fraudes dont toutes ne sont pas sanctionnées. La blockchain, qui repose sur la transparence de toutes les transactions, va-t-elle entrer en collision avec les pratiques historiques de nombreuses entreprises ? On peut raisonnablement le supposer…

Probabilité : 6/10

7/Une perte de sens (et de pouvoir) pour le management intermédiaire

Les différentes couches de management des entreprises et des organisations publiques sont héritées de l’histoire et des exigences du contrôle. Il en est résulté des structures hiérarchiques pyramidales, où la notion de collaboration reste souvent au niveau du discours. La blockchain contribue à renverser ce modèle rigide, avec un aplatissement des hiérarchies et une « ringardisation » des réunions destinées à contrôler qui fait quoi, face à un mécanisme devenu totalement automatisé.

Probabilité : 5/10

Lire aussi : Middle manager, une espèce en voie de disparition ?

8/De nouvelles compétences nécessaires

Comme toute nouvelle technologie, les futurs utilisateurs de la blockchain ont besoin d’acquérir de nouvelles compétences, par eux-mêmes ou par des dispositifs de formation. Elles concernent à la fois les hard skills – maîtriser la technologie et se l’approprier au quotidien – et les soft skills, à mesure que le collaboratif s’impose comme un standard d’organisation du travail.

Probabilité : 9/10

9/Un impact sur la productivité

En théorie, des collaborateurs qui effectuent moins de tâches chronophages sont plus productifs (parce qu’ils font autre chose qui crée plus de valeur). A moins qu’ils ne disposent de davantage de temps libre, à production égale. Ce sera le dilemme des DRH et des managers : comment occuper le temps libéré et réorganiser le travail dans la cohérence… et sans conflits sociaux.

Probabilité : 8/10

10/Une automatisation qui s’alimente elle-même

Les débats actuels sur l’intelligence artificielle montrent que son domaine d’application est pratiquement sans limite. Nul doute que la blockchain, qui allie apprentissage et automatisation, à l’image de l’intelligence artificielle, fera tâche d’huile. On lui trouvera toujours de nouvelles applications, avec des conséquences sur le niveau d’emploi, son intensité et la structure des tâches.

Probabilité : 6/10

11/Des modes de gouvernance chamboulés

La blockchain rebat les cartes des responsabilités : les tiers de confiance historiques voient leurs pouvoirs s’éroder, voire s’évaporer, tandis que d’autres parties prenantes assoient leur contrôle sur des transactions souvent stratégiques. Pour les entreprises, c’est aussi le mode de gouvernance qui est à revoir. Quand on ne sait plus qui gouverne, on se doute que les principes classiques sont malmenés…

Probabilité : 4/10

12/ Des méthodes d’évaluation à redéfinir

La transparence et la collaboration ne cadrent guère avec des modes d’évaluation des collaborateurs fondés pour la plupart sur des critères du siècle dernier. La start-up Backfeed, éditrice d’une plateforme collaborative basés sur la blockchain, explique ainsi ce changement : « Avec une organisation du travail en réseau sans chef, chaque collaborateur peut créer et rejoindre des projets dans le système, et soumettre des contributions. Le travail de chacun est évalué par ses pairs : le score de “réputation” accroît le pouvoir de notation sur les autres. Le dispositif peut aussi gérer la rémunération sur ces bases. » Autant dire une révolution…

Probabilité : 6/10

 

Par Philippe Rosé, Best Practices SI

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