Un manager français au Brésil

Jeune manager française, Aurélie se retrouve à São Paulo, au Brésil. Relations humaines chaleureuses et patience sont les deux points saillants de son expérience. 

Ici, les relations personnelles ne sont pas incompatibles avec un profond respect la hiérarchie, de même qu’un certain détachement vis-à-vis de la planification ne signifie pas un manque d’investissement.

Rondeur et hiérarchie

Le premier jour, j’ai été accueillie par des abraços : chacun m’a prise dans ses bras ! Tout le monde semble proche !
On pourrait croire que la hiérarchie est assez plate. Mais en réalité, les équipes ont beaucoup de difficultés à émettre des avis contraires, ou évoquer leur désaccord avec un chef. Ceci en raison d’une très forte aversion pour le conflit.

Exit donc notre tendance très française à la critique, à l’expression des points forts et des points d’amélioration, aux discussions fermes. Il faut plutôt se focaliser sur ce qui a été bien fait et formuler des retours encourageants pour donner envie de s’investir.

Composer plutôt que planifier

Les Brésiliens sont foncièrement enthousiastes et positifs, ils abordent le travail comme la vie, avec décontraction. En tout, on s’en remet aux circonstances : transports, imprévus familiaux, manque d’argent, inondations…
Il m’est ainsi arrivé de me retrouver sans nouvelles à un rendez-vous. Appelant pour comprendre et attendant des excuses, on me répondit « ah oui, mais quelque chose est survenu » ! Je sais maintenant qu’au moment où on dit oui, on a sincèrement l’intention d’honorer sa parole… Un rendez-vous s’évoque, se prend (marcado), puis se confirme (confirmado).

Jeitinho

Si l’on accepte si bien les aléas, c’est parce qu’on compte sur sa capacité à rebondir. La débrouille est érigée en système, c’est le fameux jeitinho. Cette manière d’aller de l’avant avec confiance, sans anticipation, est à l’opposé de notre goût français pour la limitation du risque par la planification : je pratique ici le lâcher-prise !

Comme il est culturellement très compliqué de dire non, on s’enthousiasme, et on assume : si on a accepté un projet mais qu’on n’a pas les qualifications, on fait de son mieux, si on peut faire simple et moins cher, on ne se compliquera pas la vie, etc. Et il faut reconnaître qu’en général, cela fonctionne.

Esprit d’équipe et convivialité

Un peu comme au Portugal, mais de manière plus conviviale, construire une relation de confiance est plus important que de signer un contrat rapidement. Il faut aller plus loin que le small talk impersonnel, faire tomber les barrières : parler de sa famille, du sens de la vie…

Car derrière leur décontraction, les brésiliens s’impliquent vraiment dans leur travail, en particulier lorsqu’ils éprouvent un sentiment d’appartenance. Aussi, en tant que manager, j’essaie de favoriser tout ce qui peut le générer et l’entretenir : valoriser les équipes, mais aussi penser team building, fêtes, etc.

Une chose m’a étonnée : nombre de collègues sont toujours étudiants. Ce qui ne les empêche pas d’être impliqués au travail.
– Les idées reçues sur les Français : notre hygiène corporelle douteuse, notre arrogance…
– J’ai intégré l’équation oui = peut-être, peut-être = non. De même, « estou chegando » (j’arrive), ne signifie pas qu’on sera là immédiatement, mais qu’on s’est mis en route.
– J’ai appris à poser des questions ouvertes. Je ne dis plus « est-ce que tu peux terminer ce dossier pour vendredi », mais « quand penses-tu pouvoir le finaliser ? » Si j’ai besoin qu’un délai soit tenu, je m’organise très en amont et je m’explique.

« Tribulations d’une manager française à l’étranger » est une série fiction relatant les expériences internationales d’Aurélie. Cette jeune manager d’une trentaine d’années dirigeait aujourd’hui une équipe à São Paulo, au Brésil.

Retrouvez les autres aventures d’Aurélie à l’étranger :

 

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