Le manager naturiste

manager naturiste

Le 28 juin, c’est la journée mondiale du naturisme. Une philosophie de vie qui concerne 1,5 millions de Français. Parmi eux, certains de vos collaborateurs… et peut-être de vos cadres dirigeants. Mais au fait, le naturisme est-il conciliable avec la vie dans l’entreprise ? Qu’est-ce qu’être un manager naturiste ? Manager Attitude est allé poser ces questions (iconoclastes ?) au président de la Fédération Française de Naturisme.

Alors que près d’un million et demi de Français pratiquent le naturisme – bien plus qu’en Europe du Nord (*) ou en Allemagne (**), pourtant régulièrement cités comme des exemples en la matière -, une évidence saute aux yeux. A raison de 30 millions d’actifs dans notre pays – première destination des naturistes en Europe -, la probabilité que votre collègue ou votre chef de service apprécie de se baigner ou de vivre nu ses vacances s’avère finalement assez élevée. Si votre entreprise compte 49 salariés, elle n’a pas encore obligatoirement un comité d’entreprise, mais compte probablement un naturiste dans ses rangs…

Je n’ai rien caché à mes clients ni à mes collaborateurs

 

Armand-Jamier-manager-naturisteNaturisme peut-il faire bon ménage avec management ? Nous sommes allés poser la question à Armand Jamier, président de la Fédération Française de Naturisme, qui compte 40 000 adhérents et 350 structures d’accueil affiliées. Il est particulièrement bien placé pour nous répondre. En effet, cet ancien responsable d’entreprise, dans un cabinet d’expertise comptable de 450 salariés, a eu l’occasion de mettre ses principes en pratique, au bureau. Mais on parle bien de principes ! « Je ne me suis jamais déshabillé au travail. L’environnement ne s’y prête pas. En revanche, je considère que dans mon management, dans mon attention aux collaborateurs et à leur développement personnel, je me suis trouvé en accord avec ma philosophie de naturiste ».

D’autant qu’Armand Jamier n’a jamais caché ses valeurs, ni aux salariés de l’entreprise, ni à ses clients. Et à l’occasion de séminaires, en extérieur cette fois, il reconnait avoir privilégié des lieux où la pratique du naturisme était possible. « Je me suis donc retrouvé nu avec des partenaires ou des collaborateurs, sans que cela nuise à mon efficacité commerciale ultérieure, ni à mon management. Bien au contraire ».

Il y a dans les vêtements une symbolique de l’autorité qui n’a rien à voir avec la compétence du manager.

Il propose même un parallèle intéressant avec les Casual Fridays bien connus des entreprises américaines : « Dans ces univers très codés, instaurer un jour de la semaine où les attributs vestimentaires de la fonction peuvent être laissés au placard, n’est-ce pas reconnaître qu’il y a dans les vêtements une symbolique de l’autorité qui n’a rien à voir avec la compétence du manager » ? Pour Armand Jamier, qui n’a jamais mis de cravate de sa vie, la réponse est claire. Plus encore, il est persuadé que le naturisme décomplexe et enrichit le relationnel. Il serait même idéal pour faire tomber l’agressivité : « Il a été mesuré que dans les structures naturistes, où le personnel et les clients échangent nus au bureau d’accueil, les comptoirs qui les séparent peuvent être plus bas de plusieurs centimètres, car la nudité fait baisser les tensions ».

Imposer la nudité est incompatible avec les valeurs du naturisme – et avec la Loi

Qu’on se rassure – si nécessaire ! -, il n’est pas pour autant question de faire tomber la chemise à chaque borne d’accueil des immeubles de la Défense, ou à la comptabilité fournisseurs. Le voudrait-on que la Loi ne le permettrait pas : « En aucun cas, le droit du travail français ne permet à un employeur d’imposer à un de ses salariés de travailler nu » rappelle Armand Jamier. « En revanche, il est possible d’inclure dans le contrat de travail une clause indiquant que le collaborateur sera amené à côtoyer des personnes qui le seront ». Une situation qui concerne notamment les centres de vacances et autres structures accueillant des naturistes.

Cette précaution juridique permet d’éviter les conflits ultérieurs (***), avec un salarié qui se déclarerait heurté par la vision de la nudité des clients ou de ses collègues. Mais de toute façon, imposer la vision ou la pratique de la nudité serait contraire aux valeurs mêmes du naturisme : « Notre comportement se base sur le respect de soi, de l’autre et de l’environnement. Et si nous regardons une personne, nue ou habillée, c’est dans son ensemble, jamais en la détaillant ».

Nus au bureau : seulement le 1er avril

Nous voilà donc bien loin du hoax lancé le 1er avril dernier par la société californienne Bold Italic, qui disait avoir invité ses salariés à venir travailler nus au bureau. L’article, illustré de plusieurs photos montrant des collaborateurs dans le plus simple appareil, l’air plutôt épanoui, a suscité de nombreux commentaires, souvent amusés ou intéressés, parfois scandalisés. Plusieurs sites internet habituellement sérieux, et même des télévisions, ont immédiatement repris l’information. Le magazine Slate, par exemple, s’interrogeait : faut-il travailler nu en open space ? Et dissertait de ce que l’existence même de la question, à l’heure des espaces de coworking, pouvait signifier aujourd’hui sur notre rapport aux organisations traditionnelles du travail. Le tout à la grande surprise de Jessica Saia, pourtant coutumière de tels canulars chez Bold Italic, mais qui avoue avoir été cette fois dépassée par les évènements, et époustouflée par le nombre de reprises. La preuve en tous cas que la thématique  interpelle. Un bon sujet pour le prochain CoDir ou le prochain CE ?

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(*) En Finlande, les saunas acceptent la pratique du naturisme et de la mixité, et il n’est pas rare que des collègues s’y retrouvent après les heures de bureau

(**) La municipalité de Munich en Bavière a autorisé la création d’espaces accessibles aux naturistes dans les principaux parcs de la ville.

(***) Il y a cependant une situation où la controverse peut se développer : lorsqu’une structure d’accueil se met à accueillir des clients naturistes, après avoir reçu jusqu’alors une clientèle classique. Ses salariés peuvent alors faire valoir une modification substantielle de leur contrat.

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