La friction créative, ou l’art de se disputer

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À l’heure de l’entreprise libérée, du travail collaboratif et de l’intelligence collective, le temps de la langue de bois et des discours aseptisés est terminé. L’heure de la friction créative a sonné !

Qui se souvient aujourd’hui des vifs débats de l’émission Droit de Réponse de Michel Polac ? Sur son plateau enfumé, les invités se prenaient à parti, s’invectivaient, s’insultaient parfois, pour le plus grand bonheur des téléspectateurs qui assistaient aussi à de vrais échanges d’idées.

Le conflit, un moteur de l’être humain

Inimaginable aujourd’hui où la langue de bois fleurit dans des dialogues policés ? Encore moins en entreprise, où toute tension est immédiatement traduite en signe de mal-être ?

Le conflit intervient dans la construction de l’être humain, notamment dans le passage de l’adolescence à l’âge adulte. C’est aussi parfois un moyen de s’affirmer et de se positionner par rapport aux autres. Pour certains, la peur du conflit constitue même un vrai handicap.

La dispute est l’un des composants de l’art de la dialectique, autrement dit de la confrontation d’opinions, très éloignée de la rhétorique qui consiste à démontrer pour persuader.
À l’heure de l’entreprise libérée et des pratiques collaboratives, serait-il temps de réhabiliter la dispute comme facteur de créativité et de développement de l’intelligence collective ? Des sociétés comme Kingfisher, Danone ou Leroy Merlin ouvrent des espaces à leurs collaborateurs dans lesquels chacun peut discuter franchement et librement de tous les aspects de la vie de l’entreprise.

La dispute peut être créative

Parce qu’elle fait naître une controverse, la dispute se révèle éminemment créative. C’est bien souvent de la confrontation de points de vue divergents que les meilleures idées émergent, parce qu’elles ont été soumises au feu des critiques et des avis contraires, obligeant les protagonistes à faire le tour de la question.
Encore faut-il que les conditions soient réunies pour qu’il s’agisse d’une vraie dispute, au sens philosophique du terme. Cela suppose que :

  • le manager soit capable de suffisamment d’ouverture d’esprit pour entendre des choses pas forcément agréables ;
  • le cadre des échanges permette de se disputer tout en se respectant mutuellement. À éviter absolument, les règlements de comptes personnels ;
  • le maître des débats veille à ce que chacun puisse entrer dans la dispute – qui ne doit pas être accaparée par les fortes personnalités.

Une dernière condition : savoir en sortir. Comme le disait Sénèque : “La dispute alimente la dispute et engloutit ceux qui s’y plongent ».

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