À table avec l’équipage de Christophe Colomb

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Comment déjeunaient les marins de Christophe Colomb en 1492 ? L’historien Yohann Chanoir nous plonge aujourd’hui dans l’ambiance des navires dirigés par le marin génois… et nous propose pour finir une recette d’époque facile à réaliser.

Il fallait du courage pour se lancer une expédition maritime à la fin du XVesiècle ! Comme le startupper d’aujourd’hui, au-delà du goût du risque, le capitaine devait d’abord faire preuve d’astuce et de persuasion pour lever des fonds et recruter ses hommes. Mais aussi posséder un charisme à tout épreuve pour tenir son équipage, ou encore savoir organiser et improviser afin de gérer le stock de vivres, les avaries, l’oisiveté ou l’épuisement… 

Un projet ambitieux mais un budget contraint

L’expédition de 1492 résulte de la persévérance de Christophe Colomb. Depuis 1484, le marin s’efforce de trouver un financement à son projet. Après un échec auprès du roi du Portugal, il parvient à convaincre les souverains d’Espagne. Le capitaine a su emporter la décision en inscrivant son projet dans le contexte géopolitique espagnol. En effet, la libération de l’Espagne de la présence musulmane a fait de Ferdinand d’Aragon et d’Isabelle de Castille les champions de l’unité de la chrétienté et de son expansion. Avec la découverte d’une nouvelle route vers les Indes, Colomb promet à la monarchie ibérique non seulement des bénéfices notables, mais aussi la conversion des peuples d’Extrême-Orient.

Convaincus, les souverains restent toutefois prudents. Deux des trois navires affrétés le sont par la cité de Palos, qui s’acquitte ainsi d’une amende royale ! Le budget, limité, n’est réuni qu’au moyen d’un montage de différents prêts. En outre, la réputation de Colomb s’avère insuffisante pour attirer des marins dans son projet. Il lui faut attendre l’adhésion des frères Pinzon, largement connus dans la région de Palos, pour pouvoir recruter un équipage. 

Le dialogue social à la rescousse des ambitions

L’équipage se compose d’au moins 90 hommes. Il s’agit en majorité de marins expérimentés, attirés d’abord par la réputation des Pinzon, ensuite par les possibilités d’enrichissement, et enfin par la promesse de se créer un destin. Être parmi les premiers à découvrir une nouvelle route vers les Indes représentait une réelle opportunité de développer son employabilité (comme on ne disait évidemment pas à l’époque !) et ses perspectives professionnelles. Si Colomb pratique le management participatif, il offre aussi un véritable challenge à ceux qui le rejoignent. En 1492, l’océan Atlantique est encore mal connu. Seul le périmètre entre le littoral occidental, les côtes africaines et quelques archipels comme les Canaries est bien balisé. Aux exigences de la vie à bord, qui réclame une discipline stricte, aux contraintes du quotidien (promiscuité, hygiène) s’ajoute un horizon bien mystérieux.

Au cours du voyage, Colomb ne communique pas sur les connaissances mobilisées pour définir la route à suivre. Cette opacité – et la découverte que la distance parcourue annoncée aux hommes chaque jour, est en fait supérieure à la réalité – provoque une crise de confiance au sein de l’équipage. Le 10 octobre, menacé par une mutinerie, Colomb endigue le malaise en inscrivant son projetdans une réelle vision collective et contractuelle. Un délai de trois jours est négocié avant de faire demi-tour si aucune côte n’est abordée. Dans la nuit du 11 au 12, un marin aperçoit la terre, après plus d’un mois de navigation. Mission accomplie !

Alimentation : les moyens du bord

Marin expérimenté, Colomb est conscient que l’avitaillement des navires est un élément clé du succès de son entreprise. Les marins disposent donc de vivres en quantité : 1300 kilos par homme, dont de l’eau douce pour six mois et des denrées alimentaires pour quinze jours. Farines, lard, poisson salé et biscuits en composent l’essentiel. La relâche aux Canaries sur le trajet permet de compléter l’ensemble avec des fruits frais (bananes, citrons, dattes…) et du vin. Chaque marin peut alors tabler sur une ration alimentaire quotidienne de 300 grammes de viande salée ou de poisson, une livre de biscuit, du fromage, le tout arrosé de vin et d’eau. Ragout, poisson et soupes forment l’ordinaire, sans oublier les biscuits, qui doivent être trempés dans l’eau ou la soupe pour être mangeables.

En 1492, les conditions de restauration à bord d’un bateau restent précaires. L’eau douce devient rousse et puante, se recouvre de gros vers blancs, nécessitant plusieurs filtrages avant d’être bue. Les vivres sont vite infestés et souillés par les rats et finissent par dégager une odeur d’urine. De plus, bien qu’aguerri, l’équipage de Colomb n’a jamais navigué plus de dix jours d’affilée en mer. À bord, la table compte donc moins que la carte de navigation…

Une recette de l’époque de Christophe Colomb

Découvrez la recette des œufs farcis à la mode andalouse :

Pour quatre personnes, il vous faudra huit œufs, ¼ de cuillère à café de coriandre et de sel, deux larges pincées de poivre, deux cuillères de jus d’oignon, deux cuillères et demi d’huile d’olive. Une fois les œufs bouillis, retirez leurs coquilles et coupez-les en deux. Pilez la coriandre avec le jus d’oignon, le poivre et les jaunes. Battez le tout avec l’huile et le sel. Pétrissez ensuite l’ensemble jusqu’à ce qu’une pâte soit formée. Il ne vous reste plus qu’à farcir les blancs avec celle-ci et saupoudrer le plat de poivre.

Vous voilà prêts à embarquer vos collaborateurs dans un nouveau projet !

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