Ce mortel ennui : le bore-out

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L’ennui au travail est un symptôme à ne pas prendre à la légère. D’autant que ce mal être peut trouver ses racines dans l’organisation de l’entreprise ou les failles du collectif.

Selon Sandi Mann, une chercheuse britannique de l’université de Central Lancashire, un quart des travailleurs serait touché par le syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui, ou bore-out pour reprendre le terme de Peter Werder et Philippe Rothlin. Selon ces deux consultants en management, auteurs de “Diagnosis boreout”, le manque de défi et le désintérêt déclenchent davantage de mal-être au travail que le stress.

Un mal être à ne pas prendre à la légère

Comme l’indique Marie-France Custos-Lucidi, psychologue clinicienne et fondatrice de “Travail et humanisme”, un organisme de conseil et de formation, « les salariés ne consultent pas parce qu’ils s’ennuient. Il s’agit d’un symptôme de mal être au travail plus général. Mais un symptôme qu’il ne faut pas prendre à la légère, car il peut conduire à la dépression ».

Le collaborateur ne peut pas engager son intelligence au travail

Tâches inintéressantes, placardisation qui ne dit pas son nom, manque de sollicitations, baisse d’activité de l’entreprise, désinvestissement… ou surcharge de travail, sont autant de facteurs qui conduisent à l’ennui et aboutissent au même résultat : « Le travailleur ne peut pas engager son intelligence dans son emploi, il est amputé de ses capacités créatrices, souligne Marie-France Custs-Lucidi. Ce qui est délétère pour lui mais également pour l’entreprise qui se trouve privée de ses compétences. » Et de citer l’exemple de chercheurs occupés à des tâches de gestion qui les empêchent d’exercer leur cœur de métier et de libérer leur intelligence créatrice.

Contre le bore-out, un travail collectif

Confronté à ce phénomène, l’employeur a souvent tendance à l’analyser de manière isolée et à en tirer des conclusions hâtives telles que : le salarié est en sous-charge de travail, ses compétences ne sont pas bien exploitées, ses tâches sont trop répétitives… quand il n’est pas accusé d’être paresseux ! Une erreur selon Marie-France Custos-Lucidi : « L’ennui peut être une stratégie de défense pour ne pas souffrir, qui se révèle ambigüe comme toutes les stratégies de défense.

(pour s’en sortir) Il s’agit souvent de restaurer un collectif pour trouver les solutions propres au sein de l’organisation. Pour cela, on peut mener un travail avec les salariés, notamment les membres du CHSCT, pour évaluer la charge de travail, le système de reconnaissance…, bref tout ce qui peut contribuer à l’apparition du symptôme. »

L’ennui, moteur d’innovation ?

L’ennui au travail serait-il donc toujours lié au collectif et à l’organisation ? Coach et formateur, spécialiste du bonheur au travail, Philippe Laurent considère plutôt qu’« à la base de ce sentiment, on trouve la tristesse de ne pas avancer, de ne pas se nourrir du temps qui passe. Je n’apprends plus, mes centres d’intérêt ont changé, je ne suis pas reconnu, j’ai l’impression de ne servir à rien : l’ennui traduit une insatisfaction qu’il faut comprendre. »

L’ennui peut aussi être le signe avant-coureur d’un désir de changer d’activité, de métier, d’entreprise. En ce sens, il peut être un « moteur de création et d’innovation », selon Philippe Laurent. Sandi Mann va plus loin en démontrant que l’ennui est un facteur de créativité. À l’appui de sa thèse, une expérience menée en 2013 avec sa collègue Rebekah Cadman, sur un groupe de personnes à qui l’on a demandé de recopier les numéros de téléphone d’un annuaire pendant un quart d’heure, puis d’effectuer un travail créatif. Ce groupe s’est révélé plus imaginatif qu’un groupe témoin non soumis à une activité fastidieuse. Seconde expérience, une équipe de 30 personnes invitée à lire à voix basse la liste des numéros s’est montrée encore plus imaginative. De là à devoir générer sciemment l’ennui pour stimuler l’imagination de ses salariés, il reste de la marge.

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