A table avec les gladiateurs

De quoi était fait un déjeuner dans les écoles de gladiateurs ? L’historien Yann Harlaut nous plonge dans ce quotidien d’entraînements dans la poussière, la sueur et le sang… et nous propose pour finir une recette d’époque, facile à réaliser aujourd’hui.

Des experts du combat et du spectacle

Habitués à la guerre, les Romains de l’Antiquité sont friands de spectacles sanglants, cruels, passionnants et tragiques. Pour les satisfaire, il faut capturer des fauves et entraîner des gladiateurs qui se distinguent par leur équipement, leurs moyens d’attaque et de défense, leur façon de combattre. Des écoles de gladiateurs ou ludi sont alors créées à proximité de chaque ville. C’est un business stratégique aux gains hasardeux mais parfois importants.

Les futurs gladiateurs sont des esclaves achetés, parfois des hommes libres en quête de gloire. Dans le ludusla vie est militaire. Dès le lever du soleil, l’entraînement débute au palus (un poteau, qui fait office d’adversaire imaginaire) avec des armes en bois. Il faut apprendre à placer ses coups, se déplacer, esquiver et taillader avec force, encore et encore. Lorsque la chaleur devient accablante, les gladiateurs font la sieste, puis reprennent le travail. Le doctor, un gladiateur vétéran et affranchi, corrige, enseigne et évalue lorsque les recrues sont prêtes à se lancer dans l’arène. Parfois, des duels ont lieu, en faisant toutefois attention aux blessures, car un gladiateur coûte cher et doit pouvoir se produire lors des grands événements.

Un show prestigieux

Avant les combats proprement dits, des affiches peintes en couleur sont placardées partout en ville. Elles annoncent le programme des diverses luttes, ainsi que les noms des combattants avec désignation de leur spécialité. La veille de la représentation, on offre aux gladiateurs un festin aux mets et boissons raffinés. Les curieux peuvent rencontrer leurs stars, les jaugeant pour de futurs paris. Tandis que le gladiateur endurci au métier mange et boit sans souci, le novice adresse ses adieux à sa famille.

À Rome, la foule prend place sur les gradins du Colisée, soit 50 000 spectateurs, de l’Empereur aux mendiants, chacun étant placé selon son rang. Provocator, thrace, mirmillon, hoplomaque, secutor et rétiaire se succèdent lors de duels chorégraphiés, conçus pour durer entre 40 secondes et 4 minutes. Intense, risqué, le combat s’achève par épuisement, blessure grave ou mortelle. Le vaincu peut demander grâce au public, qui ne la donne qu’aux valeureux. Les plus glorieux gladiateurs sont idolâtrés, capables de faire défaillir les jeunes filles… ou de monnayer des fortunes une nuit avec elles.

Un régime étudié

À partir d’analyses de corps de gladiateurs retrouvés à Ephèse, les scientifiques ont prouvé l’absorption d’une boisson fabriquée à base de cendres de plantes. Riche en calcium et en magnésium, elle permettait la récupération après les séances intensives de combat et l’accélération de la guérison des fractures.

Le repas ordinaire des gladiateurs était constitué de blé, d’orge et de haricots. L’ensemble était bouilli, relevé de quelques herbes aromatiques et d’huile d’olive. Ce gruau était accompagné de fromage de chèvre ou de légumes, arrosé de garum, sauce condimentaire à base de poisson fermenté. Les gladiateurs n’avaient pas de régime spécifique, ils mangeaient comme les autres. Ils étaient surnommés à l’époque « hordearii », littéralement « bouffeurs d’orge » ce qui suggère de grosses rations, l’équivalent en calories d’un sportif de haut niveau, mais non carnées. Riche en protéines, ce régime végétarien permettait de développer une couche de graisse protégeant les muscles et organes vitaux. Le gladiateur était ainsi plus proche d’un actuel champion olympique de lancer de poids que d’un Monsieur Univers bodybuildé.

Une recette de l’époque de la Rome antique, le pulmentum aux lentilles et châtaignes

Pour deux personnes, il faut prévoir 180 g de lentilles, 120 g de châtaignes, 5 feuilles de menthe, 4 grains de poivre, 0,5 cuillère à café de cumin, idem pour les graines de coriandre, 1 cuillère à café de nuoc-mam (équivalent du arum romain), 1 cuillère à café de vinaigre, ainsi que d’huile d’olive et de miel. Commencer par faire cuire les lentilles dans de l’eau, puis les châtaignes sans leur coque (20 minutes à la vapeur) en achevant ensuite leur épluchage. À part, écraser le poivre, la coriandre et la menthe au pilon. Ajouter le miel, l’huile d’olive, le vinaigre, le nuoc-mam et le cumin. Chauffer ce mélange et verser sur les lentilles et les châtaignes. Enfin, écraser le tout grossièrement en purée.

Bon appétit pour ce plat qui tient au corps !

Docteur en histoire, spécialiste du patrimoine et certifié Predom, Yann Harlaut est consultant culturel. Il est auteur de différents ouvrages parmi lesquels « Négocier comme Churchill. Comment garder le cap en situations difficiles » et « Convaincre comme Jean Jaurès. Comment devenir un orateur d’exception », tous deux aux éditions Eyrolles.

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