Un repas dans le noir, pour changer de regard sur le handicap

Aveugle handicap repas dans le noir

Aller au restaurant pour y déjeuner ou dîner ou déjeuner dans l’obscurité, guidé et servi par des personnes non-voyantes, c’est le concept créé par Dans le Noir il y a 14 ans. Etre privé temporairement du sens de la vue aurait le mérite de nous libérer de nos clichés, de développer nos autres sens, et de mieux comprendre ce que vivent les personnes malvoyantes… L’expérience semble en tout cas faire recette.

Le premier restaurant Dans le noir a vu le jour en 2004 à Paris, rue Quincampoix, à l’initiative d’Edouard de Broglie. Le principe est simple : guidés et servis par un personnel malvoyant, les convives prennent leur repas dans l’obscurité la plus totale. Quelle meilleure manière de se mettre au diapason de ses hôtes et de réaliser ainsi ce qu’ils vivent au quotidien ? L’initiative n’est d’ailleurs pas inédite : au 19èmesiècle, des associations de personnes non-voyantes organisaient déjà des dîners dans l’obscurité afin de sensibiliser les familles et leurs proches au handicap visuel. Dans le Noir a proposé un Dark Lab à certains membres du gouvernement lors du Comité interministériel du handicap le 25 octobre dernier.

A la place de l’autre

Obligé de lâcher prise et d’accorder sa confiance au serveur qui le prend en charge, le client entre en empathie avec ce personnel malvoyant dont il partage un instant l’univers habituel. Les rôles sont temporairement inversés. En expérimentant lui-même cette forme de handicap, le visiteur abandonne vite ses a priori.

Faute de vue, il va aiguiser ses autres sens pendant son repas, en particulier le goût, l’odorat et le toucher… d’autant plus qu’il n’a aucune idée du menu qui va lui être servi ! Par mesure de sécurité, les convives doivent d’ailleurs informer au préalable le restaurant de leurs potentielles allergies ou intolérances alimentaires.

Le handicap, créateur de valeur

Le fait d’évoluer le temps d’une soirée dans cette obscurité totale favoriserait une plus grande convivialité, y compris entre les clients qui ne se connaissent pas, car l’absence de regard libère des apparences. Débarrassés du jugement visuel, nous devenons plus tolérants, plus ouverts à la différence de l’autre, plus curieux et plus sincères.

Le concept plait tellement, que depuis l’ouverture de son premier restaurant parisien il y a quatorze ans, Dans le Noir s’est développé dans six autres pays, ainsi que dans de grandes villes françaises, comme Nantes et Nice. Il est désormais également décliné sous diverses autres formes : ateliers sensoriels, spas, dégustations, soirées événementielles…  La formule peut même être utilisée dans le cadre d’un Team building, afin par exemple de faire tomber les barrières entre les membres d’une équipe ou avec leur hiérarchie, ou encore pour libérer la créativité des collaborateurs. Dans le Noir, dont 50 % des effectifs sont en situation de handicap lourd, conçoit le handicap, « non comme un frein, mais comme une différence potentiellement créatrice de valeur ».

Le site de Dans le noir : https://www.danslenoir.com/

Photo Victor Diaz Lamich.

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