Le flex office et ses limites

flex office limites

Cabinets d’architecture et conseillers en immobilier d’entreprise le défendent avec enthousiasme : le flex office, c’est l’avenir ! Le système est censé reléguer l’open space au rang d’ancêtre. Mais les salariés font entendre une toute autre musique…

Le principe du flex office est simple : fini le bureau attitré, et place à des postes de travail en libre-service, dans des espaces de bureaux partagés, flexibles et connectés. Les plus grandes entreprises s’y sont engagées en brandissant l’argument d’une organisation de travail plus collaborative, destinée à répondre aux aspirations d’une génération digitale et nomade. Les financiers ne sont évidemment pas insensibles aux économies qui en résultent, surtout dans les métropoles où le prix de l’immobilier a flambé.  22% des entreprises y auraient recours, et 61% y seraient prêtes.

Sur le papier, l’idée a beaucoup pour plaire : les locaux sont aménagés selon les nécessités opérationnelles, et de la place est faite à des espaces de bien-être : salle de sport, de détente, de restauration, conciergerie…

Chaque matin, Céline et Marlène, 35 et 38 ans, respectivement contrôleuse de gestion et styliste chez un fabricant de mobiliers de bureaux à St Cloud, commencent leurs journées en pianotant sur une console tactile. Elles y saisissent leurs besoins du moment : concentration, réunions, groupe de projet… et l’application leur attribue un numéro de poste correspondant à leurs désidératas.

Leur société a mené une phase de consultation interne avec l’ensemble de ses collaborateurs, qui a conduit à 4 organisations différentes sur 4 étages. A l’usage cependant, les avis sont plutôt mitigés :

« C’est l’enfer, je ne supporte plus d’être sans cesse interrompue ni le bruit des bavardages ou des chuchotements… confie Marlène. On ne peut décemment pas s’attribuer les bureaux les plus tranquilles tous les jours, par loyauté avec les collègues ». Une difficulté compréhensible quand on sait qu’il faut 23 minutes pour retrouver un haut niveau de concentration après avoir été distrait[1].

La psychologie n’est pas étrangère à ces réticences. « Même si je suis 2 jours en télétravail, le reste de la semaine j’ai besoin d’un espace à moi, où je me sens bien, où je peux accrocher la photo de mes enfants, apporter mes affaires, une plante et pas seulement un casier », explique ainsi Céline.

Les deux femmes enchainent en évoquant « le stress, la sensation d’être fliquée, le manque d’intimité ou d’hygiène », mais aussi l’accumulation des petits tracas qui finissent par peser : la chaise qu’il faut régler quotidiennement, les câbles qui disparaissent, le casier trop petit pour le matériel…

Dans d’autres entreprises, les collaborateurs évoquent le sentiment d’être interchangeables, jusqu’à une « déshumanisation ».

Les générations YZ n’y sont pas plus favorables. L’étude Mon Bureau de Demain 2018 conduite par l’ESSEC révèle par exemple que 83% des étudiants souhaitent un bureau attitré… et que seulement 8% déclarent une préférence pour le flex office.

A une époque où la question de l’engagement devient aigüe, le flex office n’apparait donc pas comme une solution miracle, tant s’en faut. L’appropriation de son espace de travail semble toujours constituer une condition clé pour se sentir en confiance et travailler sereinement.

[1]Etude 2008 de l’Université de Californie sur le coût du bruit au travail

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