Aujourd’hui, on mange au bureau

déjeuner au travail bureau

Déjeuner dans les locaux est devenu monnaie courante, et même un comportement majoritaire dans l’univers tertiaire. Sa pratique présente des avantages et a des partisans inconditionnels, mais elle comporte aussi des défauts et des limites.

La durée moyenne d’un repas est supérieure à 30 minutes pour 77% des Français, révélait l’an passé l’étude IdealMeal diligentée par Edenred. Et ils sont encore 50% à lui accorder au moins 45 minutes. Si ce chiffre reste bien supérieur aux autres pays européens, il n’en a pas moins fortement diminué depuis les années 90, époque à laquelle nous consacrions parait-il encore 1 heure 30 à la pause déjeuner au travail, d’après l’étude du groupe Malakoff[1].

Une pratique qui se généralise

Dans les bureaux, c’était autrefois essentiellement les petits salaires qui apportaient leurs Tupperwares quand ils n’avaient pas accès à un restaurant d’entreprise. La transformation des moyennes surfaces alimentaires de proximité, la multiplication de l’offre de livraison, et maintenant la possibilité de payer en carte dématérialisée Ticket Restaurant®, a apporté de l’air neuf au déjeuner au bureau ; une note moderne, voire glamour !

C’est ainsi que 65 % des employés choisissent de rester dans les locaux de leur société le midi[2].Mais s’ils le font, ce n’est pas que pour le plaisir. « La pause déjeuner est devenue la variable d’ajustement de la journée de travail, explique Anne-Sophie Godon, directrice de la prévention chez Malakoff Médéric. Le contenu de la journée s’est densifié, tandis que la distance entre le travail et le domicile a plutôt tendance à progresser. Dans ce contexte, les salariés n’ont d’autre choix que de rogner sur la pause du midi».

Economique, pratique, varié

Les commerçants se sont adaptés et ont développé une offre de restauration rapide pléthorique aux abords des zones d’activités pour satisfaire les consommateurs pressés de déjeuner. Des restaurants dématérialisés se spécialisent dans la livraison de plateaux repas, que chacun peut composer en fonction de ses envies ou de son programme alimentaire.  Le bio et le fait maison font leur entrée réussie sur ce créneau, qui compte aussi de très nombreux spécialistes, du plus simple au plus sophistiqué, et dans toutes les gammes de prix.

Les adeptes de la lunch box (ou Bento®) vantent la qualité de leurs plats faits maison, sans parler des économies réalisées, au minimum deux fois moins cher qu’un déjeuner à l’extérieur, surtout si on suit un régime particulier (sans sel, végan, sans gluten ou autres impératifs).

Quelle que soit la formule choisie, déjeuner au bureau, c’est l’assurance de manger ce qu’on aime, varié, au gré de son humeur et de ses envies.

Une convivialité efficace

C’est vrai que déjeuner au bureau peut être convivial – à condition de disposer d’un espace aménagé et de ne pas préférer se cacher derrière son écran ! Le pique-nique autour d’une table offre des moments de partage et permet de nouer des relations plus détendues avec ses collègues. Il offre aussi l’opportunité de dégeler les lignes hiérarchiques : chacun fait réchauffer son plat, et le repas est fait d’échanges informels.

Plusieurs études[3]mettent en évidence un lien étroit entre performance au travail et déjeuner avec ses collègues. Vecteur de cohésion, ce dernier l’est aussi de productivité, en permettant d’échanger autour d’un dossier ou de faire avancer des projets – ce qui n’aurait pas forcément été commode dans la brasserie du coin.

Le déjeuner sur le lieu de travail constitue aussi une étape dans l’on-boarding (l’intégration) des nouveaux. On y présente le stagiaire, ou la nouvelle commerciale, bien plus utilement que lors d’une réunion formelle car la discussion peut s’engager entre le bleu et ses voisins de table.

Des échanges très maîtrisés

« C’est sympa, mais les sujets de discussion tournent souvent autour du boulot, de la météo, et j’avoue être totalement insensible aux histoires d’enfants malades, ou celles, en boucle, des exploits du petit dernier de la fille de la compta. Ça peut assez facilement devenir ennuyeux, raconte Najouah, assistante chez Michelin, mais c’est un passage obligé si je ne veux pas être cataloguée comme la snobinarde de service ! »

Effectivement, difficile de se dévoiler, surtout si sa hiérarchie est présente. 86% des conversations tourneraient autour de la pluie et du beau temps, premier sujet avant les vacances (75%)[4]. Les sujets personnels sont généralement réservés au déjeuner à l’extérieur. Les sujets politiques ou religieux ne sont pas faits pour être abordés dans l’entreprise, et ce n’est pas le lieu non plus pour critiquer un collaborateur… ni détailler ses frasques du samedi soir.

Les timides et les plus jeunes peuvent vivre la pause déjeuner comme un vrai supplice, quitte à y échapper en prétextant une urgence. Aux autres de les encourager à se joindre à eux !

Pour ceux qui veulent élargir leurs horizons ou soigner leur réseau, l’application Never Eat Alone, utilisée dans de nombreuses grandes entreprises, permet de se donner rendez-vous pour le déjeuner avec des collègues d’autres services.

Une pause à savourer

Déjeuner au bureau c’est bien, mais il faut savoir se ménager de véritables sas de décompression, et mettre le nez dehors. En groupe, mais aussi… seul. « Quand je déjeune tous les midis sur place, j’ai l’impression de ne pas décrocher. Alors souvent, je préfère aller déjeuner avec une copine, ou faire une course, ça me coupe la journée et je n’ai pas l’impression de vivre avec mes collègues.» explique encore Najouah.

La marche pour aller et revenir du restaurant, le contact avec des clients d’autres entreprises du secteur, l’ambiance, le plaisir de choisir dans une carte… et, autant que possible, la qualité des plats ! Autant de bonnes raisons pour équilibrer repas pris sur son lieu de travail avec repas pris à l’extérieur.

[1]Etude du groupe Malakoff en 2011

[2]Métro boulot dodo… Enquète sur la vie de bureau, menée par Regionjob en 2014

[3]Dont celle de l’Université de Cornell, publiée dans la revue Human performance en 2015

[4]Sondage 2018 IFOP/Lavazza sur les sujets de conversation aux temps de pause

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