Le manager et la prévention des risques psychosociaux 

managers et risques psychosociaux

Burn out, bore out, brown out, TMS (troubles musculosquelettiques), les mots ne manquent pas pour évoquer les méfaits d’un mauvais environnement de travail sur la santé des collaborateurs. Parce qu’ils sont en première ligne, les managers ont un rôle crucial dans l’anticipation des risques psychosociaux. Mais ils ne peuvent agir seuls. Direction et DRH doivent leur prêter main forte, sans quoi ils risquent d’être atteints à leur tour…

Les risques psychosociaux ou RPS sont apparus en France dans la deuxième partie des années 2000. Leur émergence est liée à l’intensité et à la complexité croissantes du travail, notamment avec le développement des technologies de l’information. La Direction générale du travail les définit comme des risques pour la santé mentale, physique ou sociale, engendrés par les conditions d’emploi et/ou les facteurs organisationnels et relationnels susceptibles d’interagir avec le fonctionnement mental. Ils se déclinent en trois types de risques : stress au travail, harcèlements (moraux, sexuels), violences et incivilités (internes ou externes à l’entreprise).

Les managers aux premières loges

Ces notions ont été peu à peu précisées. On considère ainsi qu’il y a stress au travail quand la façon dont un collaborateur perçoit les contraintes liées à son environnement n’est pas en phase avec ses propres ressources pour y faire face. On estime qu’un employé sera victime de harcèlement quand il est la cible d’abus, de menaces et/ou d’humiliations répétés et délibérés dans le cadre professionnel. Quant à la violence au travail, elle est caractérisée par des comportements agressifs à l’égard d’une personne dans des circonstances professionnelles : manque de respect, volonté de nuire, de détruire, incivilité, agression physique.

Les managers sont aux premières loges pour être témoins de ces diverses circonstances. Leur rôle dans l’organisation du travail en fait des acteurs de premier choix dans la prévention et la résolution de ces situations, qui sont malheureusement loin d’être marginales.

Pour s’en faire une idée, il suffit de se référer à une enquête de la DARES (direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques) sur les « Conditions de travail- Risques psychosociaux », publiée en 2016. Les chiffres qu’elle révèle illustrent comment se manifestent les RPS :  45 % des actifs déclarent devoir (toujours, souvent) se dépêcher, 25 % devoir cacher leurs émotions, faire semblant d’être de bonne humeur (toujours, souvent), 30 % signalent avoir subi au moins un comportement hostile dans le cadre de leur travail au cours des 12 derniers mois, 10 % disent devoir faire des choses dans leur travail qu’ils désapprouvent. Et 25 % craignent de perdre leur emploi.

Des enjeux de taille pour la santé des collaborateurs

Les RPS ont de lourdes conséquences sur la santé de leurs victimes. Selon une étude de 2012, 50 % des maladies cardio-vasculaires seraient causées par du stress et des risques psychosociaux, en particulier chez les cadres. De fait, la répétition de ces situations délétères provoque des troubles, qui à la longue peuvent conduire au burn out. Cet état d’épuisement professionnel, tant psychique que physique, survient à la suite d’un excès d’investissement dans l’exercice de ses fonctions.

Pas moins de 68% des salariés considèrent leur travail comme nerveusement fatigant, selon le Baromètre « Santé et bien-être au travail » de Malakoff Médéric 2014). La même étude nous apprend également que 35% des cadres seulement déclarent pouvoir prendre des décisions à leur poste (contre 42 % en 2012, 54 % en 2010), et que 32% des collaborateurs se déclarent fortement exposés au défaut de clarté de l’organisation (contre 29 % en 2012). 37% ne sont tout simplement pas confiants en leur avenir au sein de l’entreprise. C’est dire l’importance de l’organisation du travail et du mode de management ! Au manager de discerner qui, dans son équipe, aspire à exercer des responsabilités, et d’oser les lui déléguer en tout ou partie. A lui aussi de donner des consignes claires et d’associer son équipe à la stratégie de l’entreprise. Si tant est que sa propre direction l’y ait bien sûr lui-même associé au préalable…

Des enjeux aussi pour l’entreprise

L’impact des RPS sur la santé des collaborateurs a évidemment des conséquences sur l’entreprise : absentéisme plus élevé et baisse de performance en sont les deux principales. On estime que plus de la moitié des journées de travail perdues en Europe ont un lien avec le stress. Outre les insomnies, états anxieux, ou troubles musculosquelettiques, les RPS peuvent de fait entrainer aussi des difficultés de concentration, une perte d’initiative, une baisse de motivation et d’engagement, une résistance au changement. Sans compter le risque accru d’accidents du travail ou de trajet, ou la détérioration du climat social…

Une obligation de sécurité

L’entreprise a donc tout intérêt à prévenir ces troubles, en adoptant une organisation du travail, un management, une communication et une gestion des Ressources humaines favorables. Non seulement elle y a intérêt, mais elle y est même, en réalité, tenue. L’article L. 4121-1 du Code du travail fait peser sur elle une obligation générale de sécurité. A ce titre, elle doit évaluer les risques, y compris psychosociaux, et prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale de ses salariés. C’est même une obligation de résultat.

Pour organiser cette prévention, l’entreprise se fonde sur des principes généraux comme la nécessité de combattre les risques à la source et d’adapter le travail à l’homme, en adoptant des postes de travail ergonomiques, ou encore en choisissant des méthodes de production qui limitent le travail monotone, en adaptant les charges de travail…

Pour la mettre en œuvre, l’entreprise peut compter sur le service de santé au travail.

Le rôle clé du médecin du travail

Le médecin du travail conseille sur la mise en place de l’évaluation des risques, alerte l’employeur sur une situation dégradée présentant un risque collectif pour la santé des salariés ou sur des indicateurs cliniques de détérioration de la santé, alimente la fiche d’entreprise qui énonce les risques professionnels, consulte le document unique d’évaluation des risques.

Les PME, qui ne disposent pas d’un service de santé au travail intégré, peuvent se tourner vers des services comme celui de GIMS 13 (dans la région de Marseille). Cette structure coordonne 60 équipes pluridisciplinaires qui accompagnent les employeurs dans leurs obligations légales en Santé au Travail et dans la mise en place d’un dispositif global pour la prévention et la maîtrise des risques professionnels au sein de leur entreprise. https://www.gims13.com/le-gims/mission-du-service

 

Liens utiles :

L’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact) a pour vocation d’améliorer les conditions de travail en agissant notamment sur l’organisation du travail et les relations professionnelles. Elle diffuse des outils pour concilier qualité de vie au travail et performance économique. A ce titre, elle propose un module elearning de sensibilisation aux RPS accessible gratuitement : http://hautsdefrance-aract.fr/blog/module-elearning/les-risques-psycho-sociaux-sensibilisation-des-acteurs-de-lentreprise-a-la-prevention-des-rps/

Voir aussi : http://www.inrs.fr/risques/psychosociaux/reglementation.html

 

Laisser un commentaire