A table avec les cosmonautes

Valentina-Terechkova-cosmonaute

Comment déjeunait Valentina Terechkova, 1ère femme dans l’espace, et ses collègues cosmonautes ? Quel était leur quotidien au travail ? L’historien Yann Harlaut nous plonge dans l’aventure de la conquête spatiale et nous propose pour finir une recette d’époque, simple à réaliser aujourd’hui.

Astronautes aux Etats-Unis, Cosmonautes en Russie, Spationautes en France, Taïkonautes en Chine et Vyomanautes en Inde : les voyageurs de l’espace sont porteurs d’une appellation nationale qui illustre bien la dureté de la compétition qui a longtemps prévalue en matière spatiale. Quand le 4 octobre 1957, sur fond de Guerre froide entre les deux blocs, l’union Soviétique de Nikita Kroutchev place en orbite le premier satellite artificiel, Spoutnik-1, elle prend un temps d’avance dans la conquête de l’espace.

Les Soviétiques à la conquête de l’espace

De 1957 à 1966, toutes les grandes premières spatiales sont russes, orchestrées par la propagande et suivies par les médias du monde entier :

  • 1er être vivant est mis en orbite en 1957 (la chienne Laïka),
  • 1er satellite scientifique Spoutnik-3 (1958),
  • 1ère sonde à atteindre la Lune (1959),
  • 1er homme dans l’espace avec Youri Gagarine (1961),
  • 1ère femme dans l’espace (1963),
  • 1ère sortie extravéhiculaire (1965),
  • 1er alunissage (1966).

En 1969, les Américains remportent finalement la course avec la mission Apollo 11, et les premiers pas d’un homme sur la lune seront vus ou écoutés en direct par 600 millions de personnes. A cette époque, la NASA emploie directement ou indirectement 375 000 collaborateurs – sans que l’on dispose de données sur les ressources engagées en URSS – secret d’Etat oblige.

Féminisme ou propagande ?

Les débuts de l’Union Soviétique avaient été très favorables aux femmes, du moins sur le papier : droit de vote (accordé dès 1917), garantie de l’emploi durant la grossesse, égalité légale des conjoints, congé maternité, et même droit à l’avortement gratuit en 1920. Staline était largement revenu en arrière, mais sous Kroutchev les progrès reprennent : simplification du divorce (1965), droit à une pension alimentaire, congé maternité rémunéré, etc. Le poête français Louis Aragon, communiste, écrit alors : « La femme est l’avenir de l’homme[1] ».

Car les Soviétiques ont aussi un sens aigü de la communication – et le goût des symboles. Après le succès de Youri Gagarine, premier homme dans l’espace, ils veulent que la première femme dans l’espace soit elle-aussi communiste ! Quels que soient les dangers qui la menacent : quand Gagarine monte à bord de son Vostok, le 12 avril 1961, il avait moins d’une chance sur deux de revenir vivant : la fiabilité du lanceur n’était que de 60% et celle du vaisseau de 70%…

Il y aura plus de 400 candidates. Le casting est encadré par les services de propagande et c’est Khrouchtchev lui-même qui effectue le choix final : Valentina Terechkova. Une belle promotion pour cette jeune ouvrière du textile du textile… et le story telling qui va avec.

Un entraînement impitoyable

Terechkova prouve sa valeur au cours d’un entrainement militaire particulièrement exigeant. Vols en apesanteur, tests d’isolement (10 jours sans aucun bruit), centrifugeuse, chambre de chauffe (port de la combinaison sous 70°C), 120 sauts en parachute. A ces exercices s’ajoutent l’acquisition de compétences théoriques en ingénierie spatiale, en propulsion, et l’entraînement au pilotage sur des avions de combat MIG15. Une formation jugée plus dure que pour ses homologues masculins.

Le 16 juin 1963, la « Mouette » (son nom de code) est propulsée dans l’espace depuis Baïkonour : elle effectuera 48 orbites durant plus de 70 heures. Malgré quelques difficultés, l’opération est un succès et Valentina Terechkova, 26 ans, reçoit le titre de Héros de l’Union soviétique. Elle profitera par la suite de sa notoriété pour faire avancer le droit des femmes dans son pays, mais également au niveau international.

Déjeuner en apesanteur

Contrairement à notre Thomas Pesquet, qui profite occasionnellement du talent de grands chefs français, les cosmonautes russes n’ont bénéficié que d’un régime alimentaire spartiate. Le 12 avril 1961, alors que Youri Gagarine va devenir le premier homme dans l’espace, il a droit à un repas léger, en tube. Il est vrai que ce premier vol habité n’a duré que 108 minutes, et que les scientifiques s’étaient donc plus préoccupés des risques de régurgitation que des modalités d’ingestion !

L’allongement de la durée des missions change la donne. Manger en apesanteur est un casse-tête. Certains aliments peuvent contaminer l’air ambiant ou détériorer l’équipement. Les repas doivent être compacts et légers, car tout gramme compte et la place est rare. Les aliments doivent être suffisamment nutritifs : les cosmonautes sont des sportifs de haut niveau et demandent de 1900 à 3200 calories quotidiennement. Il les faut aussi collants, ou humides, pour qu’ils ne partent pas en apesanteur. Ils sont traités ou pasteurisés. Enfin, le repas doit rester savoureux pour préserver le moral de l’expédition !

Le régime alimentaire des voyageurs de l’espace s’est bien amélioré depuis Valentina. Et déjeuner dans l’espace aujourd’hui, c’est parfois aussi échanger son plat dans l’ISS – la Station spatiale internationale. Le 31 décembre 2016, Thomas Pesquet invita ses cinq coéquipiers à un repas de réveillon. Au menu : langue de bœuf façon Lucullus ; poulet de Bresse au vin jaune et aux morilles ; pain d’épices aux pommes. Un régal signé du Chef Thierry Marx et mis en conserve. Sécurité oblige, la coupe de Champagne n’a été dégustée qu’au retour…

 

La recette du bortsch, soupe traditionnelle russe avec bœuf

Prenez un morceau de bœuf cuit et refroidi, retirez-en les parties dures, hachez-le. Faites ramollir de la mie de pain avec un bouillon et de l’oignon haché, puis toastez-la, à la poêle avec du beurre. Mélangez bœuf et mie de pain avec du sel, quelques épices et une pincée de persil haché. Liez l’appareil avec quelques jaunes d’œuf.

Confectionnez des boulettes de la taille d’un œuf en les roulant sur une table farinée. Trempez-les dans des œufs battus et panez-les à la mie de pain. Faites-les colorer des deux côtés dans la poêle, avec du beurre ou du saindoux. Servez-les dans une soupe de légumes (haricots, pommes de terre, carottes, navets, betteraves rouges ou choux) avec une cuillère de crème fraîche et quelques herbes.

Vous n’avez plus qu’à broyer ou à déshydrater l’ensemble pour retrouver le quotidien d’une cosmonaute. Sinon, vous pouvez essayer de commander leurs plats en ligne sur le site du Space Food Laboratory de Moscou (https://astrofoods.ru).

Docteur en histoire, spécialiste du patrimoine et certifié Predom, Yann Harlaut est consultant culturel. Il est auteur de différents ouvrages parmi lesquels « Négocier comme Churchill. Comment garder le cap en situations difficiles » et « Convaincre comme Jean Jaurès. Comment devenir un orateur d’exception », tous deux aux éditions Eyrolles.

[1]Le Fou d’Elsa, 1963

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