Le bleisure, l’utile et l’agréable en voyage d’affaires

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Le bleisure désigne l’art de profiter d’un voyage d’affaires pour faire du tourisme. B comme business, leisure comme loisir, sont les racines de ce nouveau mot, auquel certains préfèrent Bizcation (biz + vacation). Ce  comportement, qui se développe, demande un minimum d’organisation.
Quitte à cultiver le néologisme, on pourrait dire en français « affaircances », ou encore « voyage d’affoisir ». Le résultat serait le même : il s’agit de mêler l’utile à l’agréable. C’est-à-dire, par exemple, ajouter quelques jours avant ou après le voyage d’affaires, étendre un déplacement en long courrier d’une semaine de vacances, etc.

Le bleisure : une tendance à la hausse – et d’abord pour les plus jeunes

Les chiffres varient sur l’importance du bleisure. Aux Etats-Unis, une étude de PhocusWright annonce que presque la moitié (47%) des voyageurs d’affaires rallongent au moins l’un de leurs déplacements chaque année. En France, le baromètre Déplacements Pros-3mundi mentionne un chiffre de 17% des voyages d’affaires concernés par la pratique du bleisure (9% des collaborateurs déclarent arriver plus tôt, 8% repartent plus tard). Une étude Bridegestreet Global Hospitality constate que 60% des sondés se disent plus enclins à pratiquer le bleisure qu’il y a 5 ans.
Pour Jordy Staelen, directeur général de l’agence de voyages 3mundi, la tendance se constate essentiellement sur les populations jeunes, surtout les moins de 30 ans. « C’est aisément concevable : l’excitation liée à la nouveauté du voyage est bien présente. On a moins de contraintes familiales nécessitant de rentrer, plus de temps, et la soif de découvrir de nouveaux horizons».

Une compensation à des politiques voyage restrictives

Le durcissement des politiques voyage d’affaires pourrait bien jouer un rôle dans la montée en puissance du bleisure. La crise aidant, les conditions de voyage d’affaires sont devenues plus restrictives qu’auparavant. L’usage de la business class se fait rare, même en longs courriers – bienvenue en classe économique, voire dans les low costs. Il en va de même pour l’hébergement. Par ailleurs les séjours sont de plus en plus courts, optimisés et… fatigants. « Les collaborateurs ne perçoivent plus du tout le voyage d’affaire comme une récompense. L’efficacité est de mise, l’optimisation également. Alors, pour trouver une compensation personnelle à un voyage d’affaires souvent éprouvant, la tendance à la rallonge du séjour semble naturelle et compréhensible, ou tout du moins explicable » résume Jordy Staelen.

Bleisure heureux, bleisure caché ?

17% de bleisure en France, contre 47% aux Etats-Unis, pourquoi un tel décalage ? Peut-être par peur des jalousies – qui entraîne le besoin de se justifier. « Si je profite d’un voyage d’affaires à titre personnel, je fais profil bas auprès de mes collègues » témoigne Julien R., 37 ans, cadre dans une entreprise du secteur agro-alimentaire. « Je n’ai pas envie qu’on me jalouse, et encore moins qu’on me soupçonne de profiter de l’entreprise. Alors que, bien-sûr, je sépare mes dépenses pros et mes dépenses privées ».

Je fais profil bas

Julien tient cependant à rendre les choses transparentes vis-à-vis de sa hiérarchie : « Je pense que c’est important que mon management soit informé de mes intentions de profiter du voyage pour une rallonge privée. Je préfère poser quelques jours en amont de la mission, pour avoir le temps de me reposer et de me remettre du décalage horaire à mon rythme s’il y en a – au bout du compte, j’arrive en meilleur état à mes réunions, et je suis sûr d’être concentré et performant ».

Le bleisure pas encore intégrée dans les politiques voyage d’affaires

Les entreprises ont-elles pris en compte la tendance au bleisure dans leurs politiques voyage d’affaires ? « Pour la plupart, non, absolument pas » témoigne Jordy Staelen. « Ni en l’interdisant, ni en l’autorisant, ni en l’encadrant » précise-t-il. Ce que confirme l’étude Bridgestreet : pour 59% des sondés, l’entreprise n’a pas mis en place de politique concernant le bleisure. C’est le cas pour seulement 13,7% d’entre elles.

S’il arrive quelque chose pendant la partie personnelle du voyage, qui est responsable ?

Tout repose alors sur l’éthique personnelle du collaborateur. Que dit l’agence de voyages ? « Je ne crois pas aux règles restrictives, elles poussent à l’infraction ». Sa recommandation ? « Commencer par considérer la question, au niveau RH, en l’abordant sous l’angle relatif aux assurances : s’il arrive quelque chose au collaborateur lors de ce voyage, qui est responsable ? ». S’il n’existe pas de jurisprudence en la matière, la prudence est de mise.
Comment aborder la question de la responsabilité ? On peut négocier avec son assureur d’étendre la couverture des collaborateurs lors de leurs déplacements professionnels. Est-ce la seule solution ? « Certains de nos clients font signer à leurs employés en déplacement une lettre de dérogation en cas d’accident survenant hors des activités purement professionnelles. Au cas où… » ajoute Jordy Staelen. L’idée à retenir ? « Il vaut mieux accompagner une pratique qui correspond à une tendance lourde que de l’interdire, au risque de voir la règle enfreinte. En cas de problème, les choses sont claires, les soucis sont limités. »

Le bleisure gagnant-gagnant

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Jordy Staelen

D’autant que l’entreprise n’est pas nécessairement perdante sur l’allongement des séjours professionnels à l’étranger : « ajouter quelques jours au déplacement permet potentiellement de bénéficier d’un tarif loisir plutôt qu’affaires, ce qui, in fine, est souvent moins onéreux pour l’entreprise » note Jordy Staelen. Et l’entreprise fait un collaborateur heureux.
Encore faut-il gérer convenablement les frais et les factures, et pouvoir séparer les nuitées supplémentaires, les activités, les coûts hors politique – à facturer sur la carte personnelle de l’intéressé.

Alors le bleisure, challenge ou une opportunité ? Jordy Staelen le voit comme « une opportunité formidable de rendre un déplacement professionnel plus agréable, en offrant un bien-être supplémentaire au voyageur. Tant que la séparation est claire entre les dépenses professionnelles et les dépenses engagées à titre privé, notamment, et que la responsabilité de l’employeur est couverte en cas de problème, pourquoi ne pas permettre à ses collaborateurs de profiter d’un break bien mérité ? ».

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