Vêtement de travail et image d’entreprise

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La tenue professionnelle s’avère souvent un casse-tête au moment des entretiens d’embauche, ainsi que lors des premiers pas dans l’entreprise pour les nouvelles recrues. Cravate ? Chaussures ouvertes ? Tailleur ? Très formel ? Décontracté chic ? Le dress code fait toujours partie des éléments constitutifs de l’identité de l’entreprise, dont le manager est un garant. Il s’agit de le clarifier, de le faire connaître, de le rappeler et de le faire respecter.

L’employeur peut-il exiger de ses salariés qu’ils adoptent une tenue professionnelle ?

Si la liberté de se vêtir existe, elle n’est cependant pas une liberté fondamentale. Cela a été rappelé à plusieurs reprises, à l’occasion de la confirmation de licenciements par la Cour de Cassation. On rappellera celui, en 2001 (confirmé en 2003), d’un jeune technicien de la Sagem qui continuait à porter un bermuda sous sa blouse, malgré les injonctions de son employeur. Pourtant il faisait chaud, l’employé n’était pas en contact direct avec la clientèle, et son bermuda était d’une coupe et d’un tissu classiques.

Dans quels cas l’employeur peut-il contraindre le vêtement de travail de ses employés ?

Que dit la Loi ? L’employeur peut apporter des limites à la liberté de se vêtir s’il peut invoquer une raison légitime quant à la tâche à accomplir, et si cette limitation est proportionnée au but recherché (code du travail article L. 1121-1). Les dispositions concernant la tenue professionnelle adaptée doivent alors apparaître dans le règlement intérieur.

Il existe trois raisons principales de contraindre le vêtement de travail de ses salariés :

  1. des raisons de sécurité (on ne porte pas d’espadrilles sur un chantier par exemple),
  2. des raisons d’hygiène (dans un bloc opératoire, un restaurant…),
  3. des raisons d’image de marque de l’entreprise.

Sur ce troisième point, la notion de contact avec la clientèle constitue un critère déterminant de la tenue professionnelle. Mais l’image de marque reste évidemment une notion plus floue que les deux précédentes…

Autodiscipline vestimentaire et tenue professionnelle

Une étude OpinionWay pour le site de recrutement en ligne Monster, initiée en 2010 et réitérée en juin 2015, montre cette année que pour 2 salariés sur 3 (65%), il n’existe pas aujourd’hui de réel dress code imposé au bureau. En 2010, ce chiffre s’élevait à 81%, soit 4 salariés français sur 5, et, parmi eux, près d’un Français sur cinq (23%) déclarait alors jouir de la liberté de se vêtir à sa guise, pouvant ainsi choisir ses vêtements de travail. Serait-ce que l’époque est davantage au conformisme ?

Près de trois salariés français sur cinq (58%) affirment veiller à leur tenue professionnelle afin qu’elle ne nuise pas à l’image de l’entreprise. S’il n’existe pas de dress code officiel, ces salariés veillent à composer avec des codes vestimentaires reflets de leur métier, de leur fonction hiérarchique et plus globalement de l’image de l’entreprise, notamment auprès  de ses clients. « En fonction du secteur d’activité, les entreprises peuvent laisser à leurs employés une certaine liberté vestimentaire ou à l’inverse inscrire dans une brochure spécifique ou dans le contrat de travail un dress code clair afin que les employés ne se sentent pas sanctionnés injustement. » rappelait ainsi Bruno Bremond, alors Directeur Général de Monster France et Europe du Sud.

« Vous impose-t-on un dress code dans votre entreprise ? »   Résultats du sondage Monster 2015 :

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A quoi sert un dress code en entreprise ?

Si en France on dit souvent que l’habit ne fait pas le moine, on dit exactement le contraire en Allemagne (Kleider machen Leute) ! Certes, on n’est pas a priori moins compétent en T-shirt qu’en costume. Pourtant la maîtrise du vêtement de travail constitue un prérequis pour évoluer avec justesse : en interne, ces codes symbolisent l’appartenance à un groupe-métier, tandis qu’ils se font ambassadeurs de l’entreprise à l’extérieur.

Clarifier les règles implicites de la tenue vestimentaire

Si le dress code est souvent implicite, c’est aux managers de le clarifier. Comment, ensuite, le faire comprendre, accepter et respecter ?

Les règles implicites et les codes diffèrent d’une entreprise à l’autre, d’un secteur à l’autre, et même d’une fonction à l’autre. « Les métiers de la finance, de la banque, mais aussi les métiers juridiques, qui se doivent d’inspirer sérieux et confiance, adoptent la plupart du temps une tenue professionnelle qui reflète cette image recherchée : sobre, sérieux, neutre, sans surprises, inspirant confiance » donne pour exemple Karl Rigal, responsable éditorial pour Monster.fr. Le costume cravate y est ainsi de rigueur pour les hommes. Au sein d’un même secteur, pourtant, on n’abordera pas de la même manière la période de l’été, souvent période de plus grand relâchement : « il y a moins de rendez-vous clients, moins de personnes dans les bureaux, il fait chaud… certaines agences bancaires autorisent les chemisettes, les couleurs moins neutres. Pour d’autres, au contraire, l’image de sérieux ne peut pas prendre de vacances ». D’un acteur à l’autre, au sein du même secteur, les approches diffèrent.

Manager et vêtement de travail

Dans des secteurs où il n’y a pas d’uniforme ou de tenue professionnelle imposés par l’entreprise, « le manager est la mesure-étalon à laquelle vont se reporter les salariés » résume Karl Rigal. « Les équipes dirigeantes ont un rôle d’exemplarité à tenir (…) notamment en matière vestimentaire. Les managers sont le reflet de ce qu’ils souhaitent véhiculer en termes d’image d’entreprise ». Et, à ce titre, ils sont scrutés par les équipes.

A quoi doit tendre un manager ? « L’idée c’est de réussir à engager la majorité des collaborateurs dans son sillage, et d’être capable d’identifier si un relâchement vestimentaire est corrélé avec une baisse de performance » résume Karl Rigal. « La question n’est pas de savoir pourquoi Untel vient aujourd’hui avec des baskets et d’en prendre ombrage, alors que vous-même ne faillissez jamais à votre tenue tirée à 4 épingles. Elle est plutôt de savoir si Untel est toujours engagé dans son poste, ainsi que de savoir si sa tenue professionnelle porte atteinte au nécessaire besoin de représentation de l’entreprise. »

Fixer des règles, donner le ton

L’entreprise peut aussi réfléchir à un moyen d’imposer un semblant de vêtement de travail sans en revêtir l’aspect : c’est ce qu’avait proposé la banque UBS avec son code vestimentaire qui avait fait tant de bruit lors de sa révélation publique dans les médias en 2010. La banque allait jusqu’à fixer, par écrit, la longueur recommandée de la jupe, l’obligation de porter une ceinture si l’on a des passants, le nombre et le type de bijoux, la couleur des collants, le type de parfum acceptable, etc. Davantage que l’existence de ces règles, c’est leur minutie qui avait provoqué un tollé, car elles frôlaient l’atteinte à la vie privée. Tout est question de mesure. Imposer certaines règles permet, en restant raisonnable, de mettre en place une cohérence, qui identifie une image de marque, sans pour autant imposer un vêtement de travail ou un uniforme qui aurait tendance à gommer les individualités.

Un équilibre difficile

L’entreprise moderne est au milieu d’un gué entre l’entreprise de demain qui donnerait toute sa place à l’individu, et l’entreprise à l’ancienne, où règnent les process et dans laquelle l’individu doit se fondre. L’un des défis du management est dans ce difficile équilibre en mutation. « Les salariés doivent obéir à ce paradoxe de respecter des process tout en étant innovants et en restant eux-mêmes. Ces injonctions ne se résument pas à la tenue vestimentaire, mais celle-ci en est l’une des illustrations » résume Karl Rigal. « Coule-toi dans le moule tout en restant toi-même, pourrait-on dire ».

Si les règles implicites en matière de vêtement de travail peuvent sembler contraignantes, il est toujours possible de s’en approprier les codes tout en apportant sa touche personnelle. Jouer sur la coupe, sur les couleurs, peut permettre d’exprimer sa personnalité, son style, tout en respectant les codes implicites de l’entreprise.

La prime vêtement

La prime vêtement constitue un avantage en nature intéressant pour l’entreprise comme pour l’employé. (même si, comme quasiment tous les avantages en nature, elle est considérée comme un salaire et soumis à cotisations sociales et est considérée comme un salaire). Karl Rigal précise : « L’enveloppe pour s’habiller, qui permet de se financer 2 costumes neufs et au goût du jour est une manière de signifier à l’employé que sa façon de se vêtir est importante, et que l’entreprise participe à l’effort qu’elle réclame, tout en laissant à l’employé la possibilité de faire ses propres choix. Le collaborateur est responsabilisé, il est impliqué, et ainsi le message passe ».

Friday wear et Casual Friday

Dans les secteurs très codifiés, les grandes entreprises, ou les entreprises de culture anglo-saxonne, une certaine relâche dans la tenue professionnelle s’est institutionnalisée le vendredi, dernier jour de la semaine. C’est une sorte de soupape offerte aux employés, pour leur donner un peu plus de latitude à exprimer leur personnalité vestimentaire. Le Friday wear s’inscrit toujours dans le cadre de l’entreprise, il ne s’agit pas d’une permissivité excessive, où chacun « viendrait comme il est » – à l’extrême : gothique, hip-hop, etc. Là-aussi, il est important de maintenir une certaine harmonie. Et pas de Friday wear en cas de rendez-vous client !

« Le Friday Wear, c’est la possibilité de trouver un autre territoire pour s’exprimer, dans un environnement un peu plus souple, un peu moins normé. On veille quand même à ne pas créer de vagues, à ne pas choquer ses clients ou ses collègues par un trop important décalage avec le reste de la semaine » ajoute Karl Rigal. Après tout, le vendredi aussi, on fait partie du même club…

Même la décontraction possède ses codes implicites !

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