Congé parental : où en sont les pères ?

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Peu de pères prennent effectivement les différents congés auxquels ils ont droit pour la naissance d’un enfant. L’exemple de Marc Zuckerberg, décidant de s’arrêter deux mois, va-t-il changer la donne ? Des PDG et des DRH français se mobilisent et rappellent – tout comme nous-mêmes en cette « Journée internationale des droits des femmes » – que la parité passe aussi par la case layette.

L’information a fait grand bruit à l’automne dernier, lorsque Marc Zuckerberg, l’emblématique fondateur de Facebook, a annoncé qu’il allait prendre deux mois de congés pour la naissance de son premier enfant. Une décision à replacer dans son contexte : sauf dans quelques états, dont la Californie par exemple, le droit américain n’impose pas d’obligations en la matière aux entreprises, qui gardent le choix de proposer des aménagements à leurs collaborateurs jeunes parents. La pratique est en revanche assez répandue dans le secteur high tech, pour fidéliser les jeunes talents. Facebook offre ainsi jusqu’à quatre mois de congé ! Mais elle beaucoup plus rare ailleurs, puisqu’en moyenne seule une entreprise sur six a pris des dispositions en ce sens .

En France, trois congés sont proposés aux parents, pères et mères. A commencer par le congé de paternité et d’accueil de l’enfant, d’une durée maximum de onze jours (dix-huit pour une naissance multiple). Il est pris en charge par la Sécurité Sociale dans la limite de son plafond, soit 3 218 euros, ce qui correspond à une indemnité journalière de 83,58 euros. Nombre d’entreprises abondent cette somme, pour leurs cadres notamment. L’employeur « offre » également trois jours à la naissance de l’enfant, intégralement rémunérés.

Congé parental d’éducation : seulement 3% des pères !

Le congé le plus long, appelé congé parental d’éducation, a évolué depuis l’été 2014, dans le cadre du projet de loi sur l’égalité femmes-hommes. Jusqu’à cette date, sur les 540.000 parents qui interrompent partiellement ou totalement leur activité professionnelle figuraient seulement 18.000 hommes. L’objectif de  Najat Valaud-Belkacem, alors ministre des droits des femmes : atteindre les 100.000 pères d’ici 2017. Mais aucun chiffre n’est pour l’heure disponible, à mi-chemin de cette date symbolique.

Le texte permet désormais aux deux parents de prendre chacun 6 mois de congé parental, non simultanément, ce qui porte la totalité de la présence avec l’enfant à un an, et même trois ans à partir de deux enfants. Quelques entreprises encouragent leurs salariés à prendre ces congés, notamment par le biais d’une aide financière. Celle-ci vient complèter la « prestation partagée d’éducation de l’enfant » – qui remplace le CLCA, que l’Etat verse aux parents pendant le congé parental et qui s’élève à 390 euros par mois.

Même si l’employeur ne peut refuser à un salarié (avec un an d’ancienneté) la prise de tout ou partie de ce congé, ses conséquences financières sont donc suffisamment importantes pour modérer les enthousiasmes. Il existe néanmoins une possibilité de choisir un congé à temps partiel, mais dans ce cas, c’est l’entreprise qui aura le dernier mot sur l’organisation du planning.

La loi propose d’autres aménagements pour rassurer les parents. Ainsi, elle confirme qu’à l’issue du congé parental d’éducation, ils doivent évidemment retrouver le poste occupé auparavant ou bénéficier d’un autre poste au salaire équivalent. Et s’ils décident d’arrêter le congé plus tôt que prévu, il leur suffit d’envoyer un courrier AR à leur employeur, un mois avant la date à laquelle ils souhaitent retrouver leur emploi.

Quand les cadres dirigeants donnent l’exemple

Qu’il soit ou non complet, le cadre légal s’avère insuffisant à faire franchir le pas. Pour reprendre l’exemple de la Californie, la disposition qui y prévoit 6 semaines de congés payés à la naissance pour les pères n’est utilisée en moyenne que pendant… 7,5 jours.

La raison ? En ce 8 mars, Journée de la femme, comment ne pas abonder dans le sens de cet éditorial du Washington Post qui pointe le fait que les hommes sont aujourd’hui confrontés à un combat qui concerne les femmes depuis plus d’une génération : comment être un parent investi dans la vie et l’éducation de son enfant tout en continuant d’être pris au sérieux dans son entreprise ?

Voilà pourquoi la décision de Zuckerberg marque les esprits. Mais en France aussi, l’exemplarité s’organise. Depuis longtemps des entreprises, comme Danone ou l’Oréal, complètent les congés paternité au-delà du plafond de remboursement accordé par la Sécurité Sociale. Avec des résultats spectaculaires.

« En un an, l’utilisation du congé paternité est en hausse de 37%. Et 50% de nos cadres le prennent, contre 29% auparavant » (DRH de l’Oréal).

C’est que les dirigeants prennent progressivement conscience que la parité professionnelle ne pourra se réaliser qu’en s’appuyant aussi sur le père lors de l’arrivée d’un enfant dans le foyer. L’ORSE (Observatoire sur la responsabilité sociétale des entreprises) a d’ailleurs recensé dès le début des années 2010 une accélération des accords d’entreprises en ce sens, à commencer par les plus grandes sociétés. A la même période, « les initiatives des entreprises pour aider leurs salariés, hommes et femmes, à concilier vie familiale et vie professionnelle, se sont multipliées » analyse de son côté Jérôme Ballarin, président de l’Observatoire de la parentalité en entreprise, qui cite à titre d’exemples les crèches interentreprises, l’interdiction des réunions tardives, le financement des chèques Cesu, les conciergeries, voire l’accès aux conseils d’un pédiatre.

Il existe même un livre, sorti en 2010 lui-aussi, sur les « patrons papas », qui présente notamment des prises de parole de Frédéric Ouvéa (Société Générale) ou de Stéphane Richard (Orange) sur leurs façons de respecter l’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle. L’occasion de s’apercevoir que les discours les plus innovants en matière de management ne viennent pas forcément des Etats-Unis. Même si en matière de communication les patrons américains font toujours la course en tête…

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