Management multiculturel à la cour de Kubilaï Khan

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En une trentaine d’années, Kubilaï Khan a réussi à stabiliser un empire aux dimensions démesurées. Conquérant comme son grand-père Gengis Khan, il sut valoriser les talents et les ressources venus de tous les coins du territoire au service de la stabilité et de la bonne gestion de son empire.

Kubilaï Khan incarne l’apogée de l’empire Mongol, si vaste qu’il s’étendit de l’Europe centrale jusqu’à la Corée. Par-delà ses qualités de conquérant, il a su nouer des connexions commerciales de grande ampleur entre l’Europe et l’Asie – dont les écrits du célèbre vénitien Marco Polo, qui résida à la cour du souverain, nous ont rapporté les nombreux aspects.

Un peuple nomade ouvert sur les autres civilisations

À l’origine du développement de l’empire, un problème de taille : le territoire mongol est inhospitalier et peu propice à l’agriculture. Une situation qui va forcer les Mongols à adopter une vie d’échanges avec les civilisations qui pouvaient leur fournir tout ce dont ils manquaient, parmi lesquelles les Turcs, les Perses et les Chinois.

Kubilaï Khan fut élevé dans le respect des traditions mongoles, mais aussi dans celui des autres civilisations. Sa mère Sorgaqtani était une politicienne aiguisée et tolérante, louée par tous ses contemporains lettrés. Chrétienne nestorienne, elle acceptait les autres religions, qui permettaient notamment de stabiliser certaines parties du royaume, comme pour le Taoïsme ou le Bouddhisme au Tibet.

Avant de devenir l’Empereur des Mongols, Kubilaï avait reçu une province chinoise en apanage. Il constata rapidement que ses habitants fuyaient sous le poids des taxes et d’un gouvernement trop autoritaire. Il prit alors les choses en main et rétablit la situation en allégeant les taxes, et en plaçant des personnalités locales aux différents postes administratifs. Et réussit à faire revenir dans son fief les habitants exilés.

Des experts de toutes cultures

Dans les années 1260, fraîchement élu empereur, Kubilaï Khan continua à développer son empreinte. Il employa toujours plus de conseillers venus de tous horizons : des Tibétains, des musulmans d’Europe Centrale, encouragés à venir en Chine pour y enseigner les bonnes pratiques du commerce, et des Turcs employés comme traducteurs, précepteurs et fonctionnaires. L’Empereur sut valoriser les talents de chacun, et les fit circuler dans tout son territoire pour créer une région économique stable.

Cette ouverture d’esprit, et sa connaissance des différentes cultures, lui permirent même d’arbitrer certaines querelles (dont celle du Taoïsme contre le Bouddhisme) qui menaçaient la stabilité de son royaume. Il sanctionnait les perdants tout en demeurant bienveillant à leur égard. Enfin, il n’hésita pas à faire construire ou à financer l’édification des monuments propres aux différentes religions.

Management multiculturel et combat pour le progrès

Ces qualités n’étaient pas du goût de tout le monde. C’est ainsi que lors de son élection en 1260, Kubilaï Khan rencontra l’hostilité de certains Mongols qui lui reprochaient d’être trop progressiste et trop influencé par la civilisation chinoise… et de certains Chinois qui lui reprochaient de ne pas l’être assez !

Pour limiter les velléités de révolte, il entreprit alors de simplifier la machine impériale pour la rendre plus efficace et réactive. Son principal souci : limiter le pouvoir des responsables locaux pour éviter que ceux-ci ne pressurent la population ou la malmènent… entraînant le risque de saper l’autorité de l’empereur dont ils étaient les représentants. Dans le même temps, il encouragea l’instruction des paysans.

Après chaque conquête, Kubilaï mettait en place une vraie politique de reconstruction et de développement. Il n’hésitait pas y associer les meilleurs talents de l’époque. Devenu empereur de Chine, et fondateur de la nouvelle dynastie des Yuan, il bâtira une nouvelle capitale (qui deviendra Pékin) dans le respect des traditions chinoises, mais conçue par des architectes… musulmans.

L’action du grand Khan ne s’arrêta pas là. La libéralisation du commerce et la protection des artisans en fit le moteur du développement économique du royaume. Il fut également le premier à mettre en place le papier monnaie pour faciliter les échanges. Tandis que ses experts partaient aux coins du monde, il en fit venir d’autres parmi lesquels médecins indiens et astronomes perses. Enfin, l’art connut un renouveau éclatant.

Multiculturelle de gré… ou de force, la cour de Kubilaï Khan tira ainsi profit du meilleur des civilisations qui l’entouraient, sans pour autant perdre son âme mongole. Laissons à Marco Polo le mot de la fin : « Je crois qu’il n’y a pas d’autre endroit au monde en lequel autant de marchands viennent, autant de belles pièces s’échangent, en lequel viennent plus de choses étranges que dans tout le reste du monde. »

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Napoléon savait-il calmer le stress de ses officiers ? La communication non violente de Gandhi a-t-elle vraiment eu des résultats ?Comment les Princes de la Renaissance ont-ils géré la transition vers l’imprimerie ? Comment Louis XIV gérait-il l’interculturalité ? Avec la Petite histoire des Grands managers, nous vous proposons une fois par mois de comprendre comment des leaders du passé ont agi dans leur quotidien. Les expériences concrètes de ces personnages hors du commun constituent une source intarissable de réflexion et d’inspiration pour les managers d’aujourd’hui.
Guillaume Pigeat est co-auteur de Fédérer comme Mandela et consultant en Histoire pour Traits d’Unions. Traits d’Unions dirige la collection Histoire et Management

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