Le Festin de Babette à l’Institut Lumière

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Jeudi 24 mars dernier, Manager Attitude était à Lyon pour une nouvelle édition des rencontres « L’Art de Déjeuner ». L’historien d’art Stéphane Coviaux nous présente le film Le Festin de Babette, qui constitua le point de départ des réflexions de cette soirée, dans le cadre magnifique de l’Institut Lumière.

Réalisé en 1987 par le Danois Gabriel Axel (1918-2014), « Le Festin de Babette » a reçu l’Oscar du meilleur film étranger. L’histoire est inspirée d’une nouvelle de Karen Blixen publiée en 1950. Au XIXème siècle, une Française fuyant la répression de la Commune débarque dans un petit village perdu de la province danoise du Jutland. Pourvue d’une recommandation, elle entre au service de deux demoiselles qui cultivent le souvenir de leur père décédé, pasteur du village. Celles-ci consacrent leur vie aux œuvres de bienfaisance et réunissent régulièrement chez elles, pour prier, une maigre communauté de fidèles vieillissants. Des fidèles qui vont devenir de moins en moins fraternels…

Quelques années plus tard, Babette gagne une somme considérable à la loterie. Elle décide alors d’offrir aux deux sœurs et à leurs ouailles un « repas français ». Elle fait venir de France des mets rares, de la très belle vaisselle et des grands vins. Le dernier tiers du film est consacré à la préparation des plats et au repas lui-même qui constitue  le point culminant du film.

Le-festin-de-Babette-afficheCe repas va s’avérer être un moment de grâce pour tous les convives. D’abord frileux et mutiques, ils vont petit à petit s’éveiller et se réchauffer. Les langues se délient et les cœurs s’ouvrent. Les ennemis se réconcilient et le dîner va se terminer dans un climat de fraternité heureuse. Au sortir de la maison, le cinéaste filme une scène quasi-féérique où l’on voit la communauté dansant et chantant une ronde autour du puits. Pendant cet instant qui tient du conte ou du miracle, les habitants du village vivent un avant goût de paradis.

Sous-tendu par un réseau de références bibliques, le film traite des relations entre le corps et l’esprit. Le repas de Babette est le moment par excellence où l’un et l’autre s’unissent vraiment… pour le meilleur. Cinéaste scandinave ayant vécu une grande partie de sa vie en France, Gabriel Axel a été personnellement marqué par l’importance du repas dans notre pays. Il a expérimenté lui-même l’écart entre un certain puritanisme nordique et la culture latine.

L’art constitue l’autre grand sujet du film. Babette est l’artiste par excellence, celle qui a tout donné. « Un artiste n’est jamais pauvre » dit-elle, il a juste besoin qu’on lui « donne l’occasion de se surpasser ».

 

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