Ambroise Paré, l’humanité au service du progrès

Au delà de sa technicité, le manager doit développer son humanité : c’est la voie qu’a suivie Ambroise Paré tout au long de son existence. Le père de la chirurgie moderne a toujours été soucieux de comprendre la douleur et ses origines. Au centre de son œuvre, le désir profond d’améliorer la condition humaine en traitant inlassablement les conséquences d’évènements terribles : guerres, épidémies, accidents…

A la Renaissance, l’Homme se retrouve au centre des préoccupations de toutes les disciplines : intellectuelles, scientifiques et religieuses. La médecine est elle-aussi concernée, partagée entre considérations philosophiques et pratiques séculaires bien souvent infondées. Qu’ils soient militaires ou civils, les hôpitaux sont de véritables mouroirs, des antres de la souffrance où la guérison est aléatoire, œuvre du miracle plutôt que du corps médical.

Observation et remise en cause

C’est en 1510 que naît Ambroise Paré à Laval. Son enfance est mal connue : il suit une instruction élémentaire et n’apprend ni latin ni grec. Il monte à Paris à 22 ans pour apprendre le métier de chirurgien barbier. Il entre à l’Hôtel-Dieu lors d’une épidémie de Peste en 1533. Il apprend auprès d’un corps médical sérieux, mais dépassé par les événements et, surtout, il cherche à comprendre la maladie par l’observation et l’autopsie. Il suit aussi des cours gratuits, dispensés par l’Ecole de Médecine, trop peu d’ouvrages médicaux étant disponibles en langue vulgaire.

C’est cependant sur le champ de bataille que Paré va révéler ses talents. L’horreur lui en est insoutenable « je me repentis d’être parti de Paris pour voir si piteux spectacle », écrit-il alors. Ne pouvant supporter la souffrance des blessés traités par d’anciennes pratiques issues de considérations parfois irrationnelles, il se décide à « sortir du cadre », et à réfléchir autrement pour améliorer le bien-être de ses patients.

L’individu n’est pas une machine

Paré, en cachette, commence alors une série d’expériences sur les blessés. L’amputation ou la cautérisation des blessures sont alors les deux pratiques de références, extrêmement douloureuses et traumatiques. Respectueux des traditions, il expérimente avant de présenter ses idées. C’est ainsi qu’il teste ses pansements gras, et s’intéresse aux différents types de blessures causées par l’arsenal militaire de l’époque. Quand ses résultats sont concluants, il les partage avec les autres chirurgiens et médecins.

Les nouveaux traitements qu’il met au point, dont la ligature des artères, atténueront considérablement la douleur des blessés. Avec un double impact, physique et psychologique. Le soldat blessé n’est plus traité comme une arme à réparer sans ménagement, mais comme un être humain auquel il faut être attentif, et à qui prodiguer du bien-être jusqu’à sa guérison.

La reconnaissance du praticien

Les seigneurs de guerre d’alors ne s’y trompent pas, et la renommée d’Ambroise Paré se développe. Il est bientôt appelé auprès des grands du royaume qui partent en guerre. Lors du siège d’Hesdin, il est fait prisonnier. Grimé en simple soldat pour ne pas être reconnu, ne pouvant se taire devant la douleur, il en vient à soigner l’occupant. Son nom résonne aux oreilles d’Henri II, qui l’appellera à son chevet pour tenter de le sauver d’une longue et douloureuse agonie.

En 1554, Antoine Paré passe les examens de chirurgien. Les épreuves s’avèrent au-dessus des capacités de cet homme issu du peuple qui ne maîtrise pas le latin. Contre l’avis des médecins, mais avec l’appui du roi et la reconnaissance de ses collègues chirurgiens qui connaissent sa valeur, il est finalement reçu. Quelques années plus tard, le voilà premier chirurgien du roi Charles IX.

Transmettre et communiquer

Afin que ses découvertes soient accessibles à tous, Paré rédige plusieurs ouvrages qui exposent ses méthodes. Il se livre également à plusieurs expériences publiques destinées à démontrer l’inefficacité de remèdes traditionnels plus folkloriques qu’efficaces.

Ses manuels sont traduits dans de multiples langues et diffusés à travers l’Europe d’abord, puis dans le monde entier. Grâce à son souci constant de traiter chaque homme de manière efficace et raisonnable, et en faisant progresser la connaissance des structures et des mécanismes du corps humain – anatomie et physiologie, Ambroise Paré pose les bases de la chirurgie moderne. Et reste aussi un exemple pour tous les managers !

Napoléon savait-il calmer le stress de ses officiers ? La communication non violente de Gandhi a-t-elle vraiment eu des résultats ? Comment les Princes de la Renaissance ont-ils géré la transition vers l’imprimerie ? Comment Louis XIV gérait-il l’interculturalité ? Avec la Petite histoire des grands leaders, nous vous proposons une fois par mois de comprendre comment des managers du passé ont agi dans leur quotidien. Les expériences concrètes de ces personnages hors du commun constituent une source intarissable de réflexion et d’inspiration pour les managers d’aujourd’hui.

Guillaume Pigeat est co-auteur de Fédérer comme Mandela et consultant en Histoire pour Traits d’Unions. Traits d’Unions est une société de formation et d’accompagnement à la pédagogie innovante et unique qui utilise l’histoire des Hommes pour inspirer les hommes et femmes d’entreprise d’aujourd’hui. Traits d’Unions a également créé la collection Histoire et Management, aux éditions Eyrolles.

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