La logistique et le combattant

La Première guerre mondiale a été une guerre de totale démesure. L’art de la guerre y sera entièrement repensé sur tous les plans : stratégique, économique et logistique. L’intendance s’y perfectionne notamment grâce à un homme : Louis Adrian. C’est avec méthode qu’il va déployer son savoir-faire logistique pour améliorer le quotidien du combattant.

Né en 1859, Louis Auguste Adrian décide après Polytechnique de faire carrière dans l’intendance militaire. Tour à tour intendant de chantiers militaires, administrateur logistique pour les colonies, ou chasseur de fraudes et de corruption, il prend sa retraite de l’armée et se consacre à assister les éleveurs du Venezuela pour produire et conserver les viandes bovines. Jusqu’au mois de novembre 1914…

Prendre de l’avance sur les problèmes

La Grande guerre débute. A sa demande, Adrian est réintégré à l’armée, où il est d’abord chargé des questions d’habillement. Plutôt que d’attendre les coups du sort ou les événements fâcheux, il anticipe les problèmes auxquels les Poilus seront confrontés. Il pense aux besoins des soldats pour l’hiver, propose de nouveaux modèles de bottes adaptés à la guerre de tranchées.

Surtout il propose des baraquements innovants simples à monter et plus résistants que les tentes. Réactif, il met rapidement ses idées en œuvre en misant sur sa position et en adaptant les outils de production à ses objectifs. Il n’hésite pas non plus à aller chercher ce qu’il a expérimenté dans d’autres domaines pour innover, optimiser et améliorer le confort des armées. Les nouvelles « baraques Adrian » sont directement inspirées de son expérience vénézuélienne !

Transformer les idées en actions concrètes

A ce moment de la guerre, 77 % des blessures sont portées à la tête, et 80% d’entre elles sont mortelles. Adrian refuse de laisser mourir autant d’hommes : il faut absolument développer un matériel adéquat qui permettrait de faire chuter la mortalité. Disposant de peu de temps face à la boucherie qui s’organise, il veut agir vite. Après plusieurs essais, il lance la production d’un casque révolutionnaire, capable de dévier les balles et inspiré d’un modèle de casque médiéval. Validé dès la fin de l’hiver 1915, il équipera tous les soldats à partir de septembre 1915. Pari gagné : en 1916 on ne compte plus que 22 % de blessures à la tête, dont la moitié seront guéries. Du coup, plus de 7 millions d’exemplaires sont fabriqués et le casque s’exporte à travers toute l’Europe !

Casque Adrian

Considérer et protéger les hommes

Dès lors, Adrian réfléchit au bien-être du soldat dans son ensemble et travaille à de nombreux projets d’amélioration en termes d’équipement, de matériels militaires et réfléchit même sur l’utilisation possible de l’énergie solaire. Sa popularité auprès des soldats et de l’armée culmine lorsqu’il localise, à partir des impacts de ses obus, la « Grosse Bertha ».

Réactif et désireux d’améliorer le quotidien de tous dans un contexte difficile et cruel, les efforts d’Adrian seront couronnés par sa promotion en tant que Grand Officier de la Légion d’honneur.

Un manager exemplaire

Prévoir, interroger les opérationnels, fixer des objectifs clairs, convaincre sa hiérarchie, passer immédiatement à l’action, engager les utilisateurs : Louis Auguste Adrian a fait preuve de toutes les qualités d’un grand manager, dans une période dramatique ou le stress des combats n’avait d’égal que la dureté des conditions de vie au Front.

Napoléon savait-il calmer le stress de ses officiers ? La communication non violente de Gandhi a-t-elle vraiment eu des résultats ? Comment les Princes de la Renaissance ont-ils géré la transition vers l’imprimerie ? Comment Louis XIV gérait-il l’interculturalité ? Avec la Petite histoire des Grands managers, nous vous proposons une fois par mois de comprendre comment des leaders du passé ont agi dans leur quotidien. Les expériences concrètes de ces personnages hors du commun constituent une source intarissable de réflexion et d’inspiration pour les managers d’aujourd’hui.
Guillaume Pigeat est co-auteur de Fédérer comme Mandela et consultant en Histoire pour Traits d’Unions. Traits d’Unions dirige la collection Histoire et Management.

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