Inspirés par deux femmes peintres, au musée des Augustins

Les natures mortes de Louise Moillon (1610-1696) font partie des toiles emblématiques du Musée des Augustins de Toulouse. Il reste en effet peu d’œuvres de cette artiste, qui appartient au cercle très restreint des peintres-femmes. Le point de vue de Stéphane Coviaux, écrivain d’art et animateur de la soirée l’Art de déjeuner organisée à Toulouse en juin dernier.

La « nature morte aux mûres » de 1641

Moillon_Nature_morte_aux_muresUn panier d’osier est posé sur une planche de bois. La composition est parfaitement centrée. A gauche et à droite une nèfle et quelques pêches se répondent et forment la base d’un triangle. Stabilité et organisation pourraient prédisposer le spectateur à l’ennui… et pourtant il n’en est rien.
Progressivement, l’œil se laisse émerveiller par le rendu des matières : le tressage de l’osier, la luisance des grains de mûre, la peau de la nèfle. Le savoir-faire apparaît et séduit l’œil par sa virtuosité. La représentation des ombres et des contre-jours témoigne d’une grande maîtrise. L’influence des maîtres flamands se fait sentir.

Ce panier de mûres semble une scène familière et éveille en chacun des souvenirs de cueillette de fin d’été. Et pourtant, en y réfléchissant, ce panier ne ressemble pas aux nôtres. Les mûres noires semblent rares dans cette récolte. Les fruits, allant du rose aux rouge foncé semblent choisis plus pour leurs effets colorés que pour leur maturité. Les feuilles sont nombreuses et forment un écrin harmonieux autour d’eux.
En effet, imiter les apparences n’est pas le seul défi. Il s’agit pour Louise de composer un tableau, de constituer selon l’expression de Braque « un fait plastique » intéressant, subtil mélange de naturel et d’artificiel.

Fille et sœur de peintre, issue d’une famille protestante, Louise baigna dès son plus jeune âge dans le milieu artistique parisien. Il semble qu’elle ait produit l’essentiel de son œuvre avant son mariage en 1640. Sa notoriété s’étendait au-delà des frontières nationales, et le Roi Charles Ier d’Angleterre possédait cinq tableaux de sa main.

Dans le bleu, d’Amélie Beaury-Saurel

Beaury-SaureDans-le-bleuL’autre œuvre qui a retenu notre attention est un très beau pastel que l’on doit lui-aussi à une femme peintre : Amélie Beaury-Saurel (1848-1924). Portraitiste réputée, elle suivit les cours de l’académie Julian, seule académie parisienne où les femmes étaient acceptées. Elle épousa son fondateur, Rodolphe Julian, en 1895 et prit la direction de l’établissement à sa mort en 1907.

« Dans le Bleu » de 1894, présente une jeune femme en tenue d’intérieur, négligemment appuyée sur une table. Elle est souvent interprétée comme étant un double du peintre. Elle fume et boit du café, deux « drogues » qui, disait-on, favorisaient la rêverie et la créativité. Ce tableau, d’une grande puissance poétique, témoigne du désir des femmes d’être considérées comme les égales des hommes.

Par Stéphane Coviaux, Les Ateliers du Regard

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