Management et prestige de l’uniforme

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L’uniforme revient à la mode, y compris dans le monde de l’entreprise. Démonstration d’unité et d’engagement, il peut devenir un élément de prestige, valorisant tant pour l’individu que pour son employeur. Mais la signature d’un grand couturier ne suffit pas à créer la fierté de le porter…

Ne l’annoncez pas trop fort aux anciens de mai 68 ou aux nostalgiques de l’époque hippie : l’uniforme est de retour en grâce ! Et pas seulement pour nos chères têtes blondes, auxquelles leurs parents, qui en ont rarement porté, expliquent aujourd’hui tout le mérite des blazers de la jeune élite anglo-saxonne.
Dans le monde professionnel également, l’uniforme est à la mode. Encore faut-il bien le différencier du vêtement de travail – bleus, chaussures de sécurité, casques par exemple – dont l’utilisation, qui répond à des besoins fonctionnels (hygiène, sécurité, etc.) est très souvent réglementée. Pour sa part, l’uniforme est porteur d’un message d’appartenance à l’entreprise, adressé aussi bien à l’externe (clients, partenaires), qu’au salarié lui-même : « en revêtant l’uniforme, tu fais partie de l’organisation, tu portes ses valeurs, nous t’en avons jugé digne ».

8 millions de travailleurs en uniforme

Le sujet n’est pas marginal, loin de là. Nous serions ainsi 8 millions en France à porter des vêtements ou des uniformes de travail. Avec des règles d’usage, dont voici les plus importantes :

  • Se vêtir à sa guise, y compris sur le lieu de travail, est une liberté individuelle, mais pas une liberté fondamentale. Une entreprise peut donc imposer le port de certains vêtements et d’équipements, dès lors que l’exercice de la mission ou la préservation de son image le justifie. Cette obligation doit être notifiée clairement dans le contrat de travail.
  • Le temps passé à revêtir et à ôter la tenue de travail fait partie du temps de travail rémunéré.
  • L’entretien et les réparations de ces uniformes sont pris en charge par l’employeur. En pratique, et afin de préserver un niveau acceptable et homogène de propreté des uniformes, et donc leur image, les sociétés passent souvent des contrats cadres avec des prestataires de service qui se chargent de cet entretien.

Le symbole d’un engagement

La première vertu de l’uniforme est de renforcer le sentiment d’appartenance du salarié à l’entreprise – ou à l’équipe. Il aplanit en partie les différences hiérarchiques ou de statut. Surtout, il matérialise un engagement à suivre les règles de l’entreprise : qualité de service, politesse, etc. A l’instar du képi blanc des légionnaires, l’uniforme se mérite…
Si de plus, cet uniforme est rendu prestigieux par le métier correspondant – hôtesses de l’air et personnels navigants techniques, militaires, métiers de bouche, métiers de la médecine, métiers de service…, ou par la marque qu’il représente, le sentiment s’accompagne d’une fierté d’être ainsi immédiatement identifié.
L’uniforme facilite également le travail des collaborateurs : de son prestige dépend l’acceptation plus rapide du message ou de l’instruction qu’ils véhiculent. Il est ainsi largement admis que l’uniforme du policier, la casquette du chef de bord de la SNCF, ou les galons du pilote de ligne, participent tous de l’autorité de ceux qui les portent Le port de l’uniforme facilite aussi l’intégration des nouvelles recrues, dont l’inexpérience se « cache » mieux derrière une tenue standardisée.
Un uniforme impeccable témoigne de l’attention portée par l’entreprise à ses salariés tout autant qu’à ses clients. Les collaborateurs deviennent ainsi porteurs de l’image de la marque sur le terrain, en boutiques par exemple, mais parfois aussi jusqu’au domicile du client dans le cas des livreurs ou des techniciens de SAV.

Un prestige qui se gagne et s’entretient

Bien sûr, le style, la coupe, la couleur de l’uniforme participent à son acceptation et à son prestige. Les hôtesses de l’air ne sont pas moins sensibles que les policiers à l’allure que leur confère (ou pas) la patte d’un styliste ou d’un couturier connu et talentueux (*). Mais attention à la pensée magique : tout autant que l’habit ne fait pas le moine, l’uniforme ne crée pas à lui seul un esprit de corps ! L’Histoire nous confirme que ce sont les héros qui ont fait l’uniforme – notamment chez les militaires – et non l’inverse. Et même lorsqu’ils n’ont pas d’uniformes – dans le cas des maquisards par exemple, l’émergence des signes distinctifs reconnus et admirés (brassards…) suit les faits d’armes, et non l’inverse.
Imposer l’uniforme comme solution à des problèmes de cohésion d’équipe sans adresser d’abord les raisons d’être de ces problèmes est voué à l’échec – ou pire. Quelle image des employés en uniforme, qui ne se sentiraient pas concernés, ou qui se comporteraient de façon inappropriée, vont-ils donner de l’entreprise qui s’affiche sur leur tenue ?

L’uniforme a toujours une forte résonnance dans l’imaginaire collectif, et peut tenir une place importante dans la trousse à outils du management. A condition de l’intégrer dans une politique d’ensemble de définition des valeurs communes et d’engagement réciproque.

(*) Citons en vrac : Christian Lacroix pour Air France, Balenciaga pour la Police Nationale, Castelbajac pour Sofitel, ou Dolce & Gabbana pour… le Milan AC !

A lire : Le vêtement de travail, une deuxième peau, de la sociologue Ginette Francequin

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