Henry VIII l’insoumis

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Ce n’était pas rien que de rompre avec l’église catholique au XVIème siècle ! En créant l’église anglicane pour pouvoir s’assurer une descendance, le roi Henry VIII d’Angleterre – le futur Barbe-Bleue – prit une décision qui allait s’avérer lourde de conséquences. Son règne montre qu’une suite de tactiques ne fait pas une stratégie.

Assurer son avenir

Henry VIII devient roi d’Angleterre en 1509. Comme tout souverain, ses deux préoccupations majeures vont être de gouverner son royaume et d’assurer la continuité temporelle du régime, à savoir : engendrer des héritiers.

Il a 18 ans quand il succède à son père. Quelques semaines plus tard, il épouse la veuve de son frère – Catherine d’Aragon. Mais au bout de 10 années de mariage, fausses couches et mortalité infantile privent toujours la Couronne de l’héritier mâle tant attendu. Une demande d’annulation du mariage est alors adressée au Pape… qui la refuse, tant le mariage a été à l’évidence consommé.

Les tractations s’éternisent. Henry VIII finit par se remarier secrètement à Ann Boleyn. Le divorce est prononcé devant le Parlement, le Pape ne décolère pas, excommunie Henry… C’est le schisme : désormais, les rois d’Angleterre seront les chef de l’Eglise anglicane indépendante. Alors même qu’Henry avait été proclamé « défenseur de la foi » par le Pape quelques années plus tôt !

Changer les règles pour arriver à ses fins

Tout au long de son règne, Henry VIII agira en fonction des événements. Il noue et dénoue ses alliances tour à tour avec François Ier ou Charles Quint. Il confisque les terres des monastères, revend les biens de l’église et permet à une nouvelle bourgeoisie d’émerger en même temps qu’il renfloue pour un temps les caisses du royaume. Il jette ainsi les bases d’une transformation durable du pays.

Henry VIII agit comme un outsider, jaloux de son indépendance. Il développe la marine (la Royal Navy apparaît sous son règne), fortifie ses côtes et adapte sa conduite aux situations. Et quand les règles ne lui conviennent pas, il les change ! Du reste ce sont ses filles qui lui succèderont – dont la célèbre Elisabeth. Inédit la aussi…

Plutôt l’action que la diplomatie

S’affranchir des règles lorsqu’elles dérangent peut sembler commode. Mais cela n’aide pas à générer la confiance ou à forger des alliances solides. La schisme anglais laisse les mains libres à Henry VIII. Il ménage ses soutiens mais ne fait pas de quartier à ses ennemis : la liste est longue des exécutions qu’il ordonne – parmi lesquelles celle du grand Cromwell. Quant à ses épouses, le triste sort qui leur fut successivement réservé a inspiré la légende de Barbe Bleue. Le roi refusera toujours de se laisser dicter sa conduite et fera preuve d’une préférence pour l’action au détriment des stratégies à long terme. Mais la somme des tactiques fait-elle une stratégie ?

Controversé, l’homme de la Renaissance qu’était Henry VIII à son accession au trône laissa finalement la trace d’un tyran sanguinaire. Ses décisions ont entraîné une longue période de troubles et de destructions. Du moins les historiens s’accordent-ils à dire que son règne a marqué durablement l’histoire de l’Angleterre. L’avenir nous dira ce qu’il en est des dirigeants britanniques qui ont conduit au Brexit.


Avec la Petite histoire des Grands managers, nous vous proposons une fois par mois de comprendre comment des leaders du passé ont agi dans leur quotidien. Les expériences concrètes de ces personnages hors du commun constituent une source intarissable de réflexion et d’inspiration pour les managers d’aujourd’hui. 
Guillaume Pigeat est co-auteur de Fédérer comme Mandela et consultant pour Traits d’Unions. Traits d’Unions dirige la collection Histoire et Management.

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