Les slashers se lâchent

slashers-en-entreprise

Cumulards, les « slashers » ? Avant tout, ils sont débrouillards, créatifs, curieux, inventifs, et à la recherche d’expériences variées !

Ils sont 2 millions en France selon l’Insee, dont 70% qui en ont fait le choix volontaire. Qui sont les slashers ? Il s’agit simplement de travailleurs qui cumulent plusieurs activités professionnelles sans nécessairement de rapport entre elles – le terme a été créé en référence au signe «/» (slash en anglais) qui sépare leurs différentes activités professionnelles. Ils peuvent être « comptable / chauffeur VPC », « agriculteur / clown », ou encore « responsable éditoriale d’un blog d’une agence de graphisme / coach zéro déchet / community manager », comme Tiphaine, une Lyonnaise de 27 ans que nous avons interrogée.

Pourquoi slashent-ils ?

Dans 75% des cas, les slashers cherchent à compléter leurs revenus. Pour beaucoup, l’idée est d’exercer une « activité passion » en gardant la sécurité d’une activité « raison », souvent plus alimentaire et classique – entendre une activité salariée en entreprise. « J’ai un métier régulier que j’adore qui me permet de gagner juste ce qu’il faut pour vivre. Les autres métiers sont pour mon plaisir, et je suis en train de monter mon entreprise autour d’un projet zéro déchet, pour en vivre à terme » témoigne ainsi Tiphaine. Création d’entreprise, période de test d’une nouvelle activité, reconversion, activité artistique, tout y passe.

Une manière aussi de trouver des sources de réalisation personnelle en dehors de son emploi habituel. « Il me semblait que je ne mettais pas à profit toutes mes compétences dans mon job. Quand j’ai décidé de lancer mon activité secondaire, c’était aussi pour trouver un meilleur équilibre psychique et sentir que je faisais fonctionner mon cerveau » témoigne Marie, assistante marketing / conférencière. Un remède à l’ennui d’une vie salariée jugée parfois routinière, ou une réponse personnalisée à un manque de perspective de carrière.

Lire aussi : Brown-out, stupidité fonctionnelle et souffrance au travail

Près de 10% des actifs

Faute de données précises – et récentes – sur le phénomène du slashing, ce sont les évolutions du travail indépendant qui nous éclairent. Selon l’Insee, « quand toutes les autres catégories d’emploi sont restées stables, le travail indépendant a connu une augmentation de 85% entre 2004 et 2013([i]) ». Fin 2013, en France métropolitaine, selon les estimations ([ii]), 8,5 % des actifs exercent simultanément plusieurs emplois. 20% de ces pluriactifs sont à la fois salariés et non-salariés. Une proportion qui, depuis 2010, s’accroît sans discontinuer – la proportion de non-salariés à titre principal avec activité secondaire demeurant stable.

Une proportion croissante, donc, mais des chiffres qui restent faibles en comparaison avec les Etats-Unis, où la proportion d’indépendants s’élève de 25 à 40% de la population active selon les sources. Différentes études annoncent des proportions allant de 40% ([iii]) à 50%([iv]) à l’horizon 2020. De leur côté, les entreprises deviennent de plus en plus enclines à employer des contractuels à la mission, constituant un réseau d’indépendants auxquels faire appel à la demande.

Si la majorité des slasheurs ont entre 25 et 35 ans (22 % des jeunes actifs annoncent deux activités et plus), la tendance dépasse la seule génération Y. Quadras et quinquas s’y mettent également, pour préparer leur retraite ou une reconversion.

Enfin, il faut noter qu’aujourd’hui en France, 85% des slasheurs sont… des slasheuses !

Les facilités du statut d’auto-entrepreneur

En France, ces évolutions s’expliquent en partie par le statut d’auto-entrepreneur, qui permet de monter son activité plus facilement et à moindres risques. Ce statut a favorisé l’exercice d’une activité indépendante en complément d’un emploi salarié. Ce cumul est juridiquement possible, mais cette possibilité peut être restreinte par deux éléments :

  • Les clauses du contrat de travail et des conventions collectives, notamment la clause d’exclusivité et la clause de non-concurrence,
  • L’obligation de loyauté envers l’employeur.

Des points de vigilance à garder à l’esprit

Si la majorité des slashers cumule une activité raison (a priori l’activité salariée) et une activité passion (l’autre activité), on peut envisager une certaine méfiance de l’entreprise vis-à-vis de l’implication de son employé dans son travail. En fonction de son employeur, mieux vaut, peut-être, rester discret sur son activité secondaire lorsqu’on est salarié. Il n’en reste pas moins difficile de compartimenter, à l’époque de la toute puissance des moteurs de recherche.

Côté slasher, vigilance également sur l’équilibre vie professionnelle/ vie personnelle : « Je travaille beaucoup dans mon temps libre mais je ne me sens pas travailler. C’est un plaisir, mais c’est vrai que je dois me poser mes propres limites, de temps et d’organisation » reconnait encore Tiphaine.

Les chefs d’entreprise, slashers sans le savoir ?

La pluriactivité induit le développement de compétences variées, parfois complémentaires, une multiplicité de facettes qui est un indice d’une richesse de personnalité et d’une grande adaptabilité, voire d’une grande créativité. « Mes activités s’entre-nourrissent, témoigne Tiphaine. Pour mon activité de responsable éditoriale, j’utilise mes connaissances d’écriture web. J’essaie d’appliquer la discipline du planning et du rythme de publication à mon activité zéro déchet sur mon blog Tiff in Lyon. Et la graphiste sur mon lieu de travail m’aide sur mon projet Zéro Déchet.»

Et s’il fallait encore convaincre de l’atout que sont les slashers pour l’entreprise, osons affirmer que les chefs d’entreprise, qui cumulent les activités financières, stratégiques, commerciales, managériales, relations publiques, sont un peu les premiers slashers !

[i] Selon une étude réalisée par l’Efip en 2013

[ii] Etude Insee 2013 : http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/EMPSAL16j_F4_temp-travail.pdf

[iii] https://http-download.intuit.com/http.intuit/CMO/intuit/futureofsmallbusiness/intuit_2020_report.pdf

[iv] https://gigaom.com/2011/12/08/mbo-partners-network-2011/

Laisser un commentaire