L’humilité, gage de succès

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L’humilité se fait aussi présente dans les discours managériaux que dans les propos des grands champions et de leurs entraîneurs. En entreprise comme sur beaucoup d’autres terrains, il est essentiel de savoir rester humble, c’est-à-dire à l’écoute de ses limites et ses faiblesses, et en quête permanente d’amélioration. Réflexions pour garder un bon équilibre entre modestie et affirmation de soi.

Rien n’illustre mieux l’ambivalence de la notion d’humilité que l’histoire de la famille Borromée, puissante dynastie italienne de la Renaissance qui professait haut et fort l’humilité. Si vous visitez les magnifiques îles Borromées, sur le lac Majeur, vous verrez, fièrement inscrite au fronton de leurs palais ou ouvragée en lettres végétales dans leurs luxuriants jardins, la devise familiale « Humilitas » (humilité en latin) – bien incongrue au milieu de ces splendeurs ! On disait alors que les Borromée ne connaissaient l’humilité que dans leur blason…

L’humilité fait l’Homme

Le mot « humilité » a une origine étymologique intéressante : il dérive du terme latin « humus », qui s’est conservé en français et désigne la terre. Sa racine est la même que celle du mot … « homme ». Lequel vient de la terre, de la poussière, et y retournera. « Homme humble », de ce point de vue, serait une redondance. Sémantiquement. Dans les faits, c’est une autre histoire.

L’humilité n’est pas une qualité innée chez les humains, comme le montre le narcissisme des jeunes enfants. Question de tempérament ? Pas seulement. Elle s’acquiert avec le temps, l’expérience et les échecs. Il faut une maturité affective et intellectuelle pour devenir vraiment humble – sans trop en faire.

Cette lucidité ne va pas de soi et peut s’accompagner d’une forme de déplaisir, car, comme le rappelait Voltaire dans son Dictionnaire philosophique, « l’humilité est un sentiment de l’imperfection de notre être ». Or, le constat de cette imperfection pique notre amour-propre et peut même être humiliant. « L’humilité est la modestie de l’âme, ajoutait Voltaire, c’est le contrepoison de l’orgueil. » Qui nous fait prendre conscience de nos limites et réaliser que nous avons besoin des autres pour nous accomplir.

Vertu de lucidité et de sincérité sur soi-même, donc. « Être humble, c’est aimer la vérité plus que soi », écrit joliment André Comte-Sponville dans son Petit traité des grandes vertus.

A rebours des vertiges trompeurs de la mégalomanie – laquelle consiste justement à ne plus avoir conscience de ses limites -, l’humilité nous permet de garder les pieds sur terre… sur l’humus. « C’est le contact avec le réel, le contact avec la terre, garder les pieds bien ancrés au sol, être relié avec celui que je suis vraiment et pas celui que je voudrais être. En ce sens aussi, l’humilité est ce bâton de pèlerin essentiel qui me soutient tout au long du chemin du moi », explique bien le coach Pierre de Lovinfosse sur son site Le Blog des Leaders.

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Manageons (et ménageons) notre ego …

Vous pensez que faire preuve d’une trop grande humilité risque de vous nuire dans votre environnement professionnel ? Que l’humilité est difficilement compatible avec l’ambition ? Que les leaders doivent faire semblant d’être humbles et prêcher cette vertu, mais agir en réalité bien différemment pour s’imposer ? Que les plus grands innovateurs, Steve Jobs ou Elon Musk, ne seraient arrivés à rien par l’humilité ? Vous n’avez pas totalement tort, mais vous avez loin d’avoir raison.

Une étude publiée en 2015 dans le Journal of Applied Psychology montre que les dirigeants les plus narcissiques sont certes enclins à imaginer des stratégies audacieuses… mais aussi à commettre les plus lourdes erreurs.

Steve Jobs n’est pas spécialement réputé pour sa modestie. Et pourtant, au fil du temps, instruit par l’expérience et les revers (comme d’être licencié de sa propre entreprise), « son narcissisme sembla se combiner à une certaine humilité et c’est cette combinaison qui a fait d’Apple la société la plus importante dans le monde ». L’ouvrage Becoming Steve Jobs, paru la même année, dépeint également à la fois sa lucidité quant à ses propres limites et ses formidables défauts de caractère.

Bien sûr cet exemple emblématique n’est pas transposable en tous points aux managers du quotidien. Néanmoin, il peut indiquer une voie à suivre, tant les cadres, quel que soit leur niveau de responsabilité, ont intérêt à associer la conscience de leurs forces avec la reconnaissance de leurs faiblesses, et à les pallier en s’entourant de collaborateurs capables de combler leurs lacunes.

Quelques caractéristiques d’un management empreint d’humilité :

Reconnaître ses forces et ses faiblesses, oser parler de ses erreurs (sans se dénigrer pour autant)

Accueillir positivement remarques et critiques, d’où qu’elles viennent

Désirer apprendre de ses échecs (et y parvenir !), et s’efforcer de s’améliorer en permanence

– Mettre en évidence les mérites de ses collaborateurs

– Leur faire confiance, les motiver, être prompt à déléguer

Les écouter et apprendre d’eux, quel que soit leur niveau hiérarchique, au lieu de chercher à imposer une vision et des solutions toutes faites. Les managers inclusifs, voire empathiques, possèdent cette capacité précieuse à voir au-delà de leur intérêt immédiat et à douter de leurs certitudes

Savoir dire merci (ou pardon), manifester sa reconnaissance

– Etre convaincu que l’humilité ne sape pas son autorité et sa crédibilité, mais au contraire les renforce !

La pratique de l’humilité demande courage, constance et honnêteté intellectuelle. Mais elle se révèle bien plus payante et gratifiante à la longue que l’art de l’autopromotion, qui règne souvent encore en maître dans les organisations. Et si les meilleurs leaders et managers se reconnaissaient avant tout à leur humilité, et donc aussi à leur humanité ?


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